Le pouvoir des «mam»

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Il fut présenté comme l’homme du passé par ses adversaires. Mais à  84 ans, SAJ incarne, depuis jeudi, l’avenir du pays. C’est dans le rôle de sauveur du peuple qu’il est désormais perçu par une grande majorité d’électeurs, qui ont adhéré à son mantra de la campagne électorale : «Le changement, seul choix possible.» En lui offrant une majorité confortable, bien au-delà des 40 sièges que lui-même espérait, les citoyens délivrent un message sans appel : ils veulent une rupture totale avec le style Ramgoolam, avec la manière de gérer le gouvernement et la façon de faire des dirigeants ces neuf dernières années. C’est un rejet total d’un éventuel gouvernement PTr/MMM et un non sonore à Ramgoolam à la tête du pays.

Ce qui explique que l’ancien Premier ministre n’a pas seulement été botté hors du pouvoir, mais qu’il n’a même pas pu obtenir le statut de simple député, redevenant ainsi, du jour au lendemain un citoyen ordinaire. Un cauchemar pour celui qui ambitionnait de devenir président de la République, avec des pouvoirs accrus attribués à cette fonction, et qui, au final, s’est fait battre dans sa circonscription par trois néophytes. Tombé de haut, Ramgoolam, qui demandait à son électorat de ne pas koupe transe, ne pouvait imaginer que lui-même serait décapité à Triolet, où il a cru à la victoire jusqu’au jour du scrutin en allant personnellement sur le terrain demander à ses administrés de voter. À croire que ceux-là l’ont écouté, se dépêchant d’aller aux urnes pour mieux le sanctionner.

Après sa démission en tant que Premier ministre hier après-midi, tout le monde s’interroge sur son avenir politique. S’il reste leader du Parti travailliste, il devra dorénavant diriger sa maigre minorité de quatre élus à l’Assemblée nationale – dont trois nouveaux venus – du siège de son salon ou du square Guy-Rozemont, pendant que son désormais ex-partenaire Bérenger reprend son poste de leader de l’opposition et sa liberté de parole qui lui a fait mettre la cuisante défaite de l’alliance sur le dos de Ramgoolam.

Certes,  Bérenger a partiellement raison en affirmant qu’il y a un sentiment de colère vis-à-vis de l’ancien Premier ministre. Mais le leader du MMM a totalement tort en refusant de regarder son propre échec en face, si dur cela soit-il. Car cet échec est tout autant celui du leadership du MMM, de ses dirigeants en déphasage total avec la base militante qui ne voulait pas suivre aveuglément le leader dans l’aventure difficilement crédible rouge-mauve. Et à l’heure de la conférence de presse d’hier, nombre de Mauriciens s’attendaient au moins à une introspection de la part de Bérenger, à un début d’examen de conscience avec un raisonnement réaliste, à une certaine humilité face à la lourde défaite, et non à cette agressivité dont il a fait preuve lors de sa rencontre avec les journalistes, avant d’accuser Ramgoolam, la presse écrite et les radios privées de tous les maux.

Le chef historique du MMM a sans doute eu raison d’évoquer l’arrogance – qu’il a découverte tardivement – de Ramgoolam. Mais l’arrogance était aussi dans le camp mauve. Interrogé sur les déclarations de Kee Cheong qui faisait parler «so leker fer mal», Bérenger, tellement sûr de la victoire, n’avait rien trouvé d’autre à répondre que le cas Kee Cheong serait traité après les élections. Résultat : Kee Cheong l’a mis K.O. en montant sur l’estrade de l’Alliance Lepep lors du dernier grand meeting de démonstration de force.

Ce fut aussi une attitude arrogante que d’affirmer qu’il n’y aurait pas d’élections au n°19. En élisant Collendavelloo premier député de Stanley/Rose-Hill, suivi de la candidate MSM Fazila Daureeawoo, et en accordant de justesse un vote de sympathie au leader du MMM, son électorat lui a donné une réponse cinglante : oui, il y avait des élections au n°19 et ce sont les électeurs qui font les bastions et non l’inverse. Tout comme ce sont les électeurs qui choisissent les Premiers ministres, qui font et défont les gouvernements. Les nouveaux élus n’ont qu’à bien se tenir. Le peuple admirable veille et s’exprime ailleurs que sous les banderoles, dans les urnes…

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