Dossiers ouverts, société ouverte

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Son geste a l’allure d’un exit en catimini. En vérité, sa sortie marque un nouveau départ dans le combat pour le droit à l’information. Car, quand il décampe de la MBC, Dan Callikan ouvre la voie à une avancée sur le plan de l’accès à l’information. Même si, dans la forme, son comportement est disgracieux, dans le fond, il est annonciateur de progrès.

Tout le pays sait que nous avons accumulé des retards importants dans le domaine de l’information audiovisuelle. La situation est restée désespérément arriérée avec le maintien du monopole de l’État dans le secteur de la télévision. Ailleurs, le monde a évolué. Des Comores au Bangladesh, la population a déjà le choix entre les télés libres et une station publique.

Ici, les dirigeants promettaient, tout au plus, d’ouvrir le champ audiovisuel à des chaînes privées qui ne diffuseraient que de la musique et des émissions sportives. Le peuple se contentera des jeux, pensait l’ancienne classe dirigeante. Et de la parole des princes diffusée à profusion par la MBC.

Le vote du 10 décembre a changé la donne. La nouvelle majorité annonce un vent de modernité. Dans son manifeste électoral, elle s’engage à autoriser les télévisions privées et à les encourager à «organiser des débats sur des questions d’intérêt public». Pour l’instant ce ne sont que des promesses électorales, il est vrai.

Il est temps de mettre un terme à l’abêtissement de la population par le biais d’une télévision de propagande. Celle-ci se permet d’intoxiquer les téléspectateurs sachant qu’une grande majorité des ménages dépend encore de ce média pour s’informer. Plus grave, la télé nationale n’a jamais accepté d’organiser des débats contradictoires sur des sujets d’intérêt général. Sa priorité a été de chanter la gloire des puissants. C’est ce matraquage quotidien qu’il importe d’arrêter immédiatement.

Le même manifeste laisse entrevoir un autre progrès dans la lutte en faveur du droit de savoir : «Un Freedom of Information Act sera introduit pour garantir la transparence et permettre la libre circulation des informations.» Les dirigeants de l’alliance Lepep entendent donc prendre la pioche et démolir le mur du silence que dix années de  travaillisme ont érigé entre les citoyens et l’administration publique. Il y a urgence à ce propos. À l’ère de la bonne gouvernance sur le plan mondial, Maurice souffre d’une trop grande opacité dans la gestion des affaires publiques. Une loi qui consacre le droit du citoyen d’interpeller directement les ministres sera efficace dans la lutte contre la  corruption. Dans les pays où il existe un Freedom of Information Act, tous les dossiers sont ouverts, ce qui permet de créer une société plus ouverte. L’information est accessible tant aux citoyens qu’aux journalistes.

Si le nouveau gouvernement est réellement déterminé à bâtir des institutions  démocratiques plus fortes, il devra, à la fois, revoir le fonctionnement de la MBC et adopter la loi sur le droit à l’information. Pour l’heure, nous lui donnons le bénéfice du doute d’autant qu’une adepte de la culture du silence, Maya Hanoomanjee, ne fera pas partie du gouvernement. Cette figure de proue de l’alliance Lepep avait affirmé, quand elle était ministre, que les journalistes à l’affût de l’information ne sont que des «chiens qui aboient.»

 
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