La chute

Avec le soutien de

Ils avaient les chiffres avec eux mais pas les êtres - les électeurs. Inamovibles leaders des deux plus grands partis du pays, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam avaient tout prévu : une conférence de presse de la victoire à l’hôtel du gouvernement ; un 60-0 ou, à la rigueur, une majorité de trois quarts des sièges pour initier des réformes électorales et constitutionnelles afin de se tailler des costumes neufs (celui de Premier ministre pour le leader du MMM et celui de super président pour le second) ; une IIe République ; le ministère des Finances à Rama Sithanen, un super ministère à Reza Uteem, la Justice à Jim Seetaram ; le lancement du méga projet de métro léger dont le financement de l’Inde avait déjà été trouvé. Ils croyaient avoir tout anticipé, du haut de leur arrogance, sauf cette lame de fond qui a traversé le pays et qui a pris plus d’un de court.

Pourtant, depuis la conclusion de l’accord électoral rouge-mauve, l’express a maintenu que le calcul mathématique simplet – qui consiste à combiner le corps électoral traditionnel du PTr à celui du MMM – ne tenait pas la route par rapport à l’usure du pouvoir du Premier ministre et du gouvernement sortants. Cette analyse se fondait surtout sur le reflet du terrain : nos journalistes qui ont inlassablement sillonné les 20 circonscriptions nous rapportaient quotidiennement des informations émanant des différents coins de l’île. Et nous avons noté que si l’alchimie semblait plus ou moins fonctionner au niveau des deux leaders, la synergie entre les activistes des deux partis ne s’est, elle, jamais faite. Séparément, les deux partis auraient sans doute fait mieux. En s’associant, le PTr et le MMM se sont causé du tort mutuellement. Pour se relever, Ramgoolam et Bérenger doivent faire une sérieuse autocritique de leur leadership respectif – et de leur entourage de béni-oui-oui. Chacun dans son coin.

En face des géants rouge et mauve qui tentaient de trouver un semblant d’équilibre, il y avait un assemblage hétéroclite de petits partis, menés par le MSM. À l’image du combat de David contre Goliath, la preuve vient d’être faite qu’un minus comme le MSM peut effectivement gagner en montrant suffisamment de créativité, d’innovation et de connexion avec les «bread and butter issues» du peuple. Dans cette optique, le nom de l’alliance Lepep était nettement mieux trouvé que l’alliance de l’Unité et de la Modernité, qui était ni unie (Ramgoolam versus Mathura) ni moderne (l’incroyable sortie de Bérenger contre… Facebook !).

Le prochain gouvernement de sir Anerood Jugnauth dispose, sur papier, d’un potentiel de bonne volonté populaire extraordinaire – qui peut permettre la réalisation de grandes choses. Après une telle réussite électorale, il aura besoin non d’adulation, mais d’appréciation critique.

Quant à nous, notre souhait, c’est que le nouveau gouvernement comprenne que les élus se doivent de respecter les opinions contraires ou divergentes. C’est sur ces avis aussi que se construisent les démocraties modernes. Manifestement, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, ainsi que leur armada de suiveurs, avaient du mal à l’accepter. Qu’en sera-t-il de nos nouveaux dirigeants ?

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires