La fosse aux requins

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Au large de Maurice se trouve une fosse à requins parmi les plus célèbres au monde. Le ballet de ces squales est impressionnant. Il a sans doute inspiré Navin Ramgoolam. La phrase est lâchée depuis : «Pour pêcher un requin il faut un appât conséquent avec du sang...»

Après cet aveu, une constatation : «Si vous ne votez pas pour moi, je n’ai plus de travail.» À moins d’une semaine du scrutin, ces deux phrases sont significatives. Jusqu’ici, flanqué de Paul Bérenger, il se tapait l’estomac en affichant une confiance absolue : «14 banane mo finn Premie minis (...) aster mo pou vinn enn prezidan avek pouvwar.»

Réalisant par la suite que le 60-0, décrété au départ par la majorité des observateurs et conseillers politiques, ne tenait pas la route, Ramgoolam adopte une nouvelle posture : il redevient humble, s’excuse auprès de ses mandants, promet d’être plus présent sur le terrain et de corriger ses manquements. Surtout, il prend soin de préciser qu’il ne passe pas la main au leader du MMM (ce «requin»-là !), mais qu’il gardera la main haute qu’il soit à l’hôtel du gouvernement ou au Réduit.

Si ce genre de discours lui permet de rassurer l’électorat rural, il peut ne pas plaire aux sympathisants du MMM qui réalisent, de plus en plus, que leur leader ne sera pas forcément Premier ministre – si la majorité de trois quarts n’est pas acquise.

Et s’il fallait une preuve que l’osmose entre les rouges et les mauves n’est pas avérée sur le terrain, lisez plus loin l’interview coup de gueule que nous accorde, en page 7, le militant sacrifié Kee Chong Li Kwong Wing. De même, la circonscription n°4 (qui est mi-urbaine mi-rurale) l’illustre autrement. La pluie d’insultes premier ministérielles essuyées par le Campaign Manager mauve Sham Mathura révèle, s’il le fallait, la cohésion de façade entre les deux plus grands partis de Maurice. C’est la raison pour laquelle leur pourcentage respectif, sur papier, ne s’ajoutent pas, faussant ainsi tous les calculs électoraux (déjà mis à mal par l’usure du pouvoir et quelques scandales). Enfin, pour ajouter aux malheurs des rouges-mauves, le mauvais temps vient perturber leurs meetings...

Le test ultime de cette courte campagne, fertile en rebondissements, c’est demain, à Port-Louis et à Vacoas. Les deux blocs vont tout faire pour gonfler leur foule respective. Il s’agit pour eux de faire croire à la masse d’indécis qu’ils ont déjà gagné psychologiquement. À bien voir, tout peut arriver avec le système inique de First Three Past the Post, y compris une lutte très serrée mais un score fleuve, dans un sens ou dans l’autre. Notre seule certitude, c’est que les petits partis vont encore une fois se faire bouffer dans notre fosse aux requins. Où les mêmes survivent, bon an mal an.

 
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