Des chiffres et des êtres

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Les élections sont une affaire de chiffres et de personnes. Quelques chiffres d’abord. On recense 936 975 électeurs pour ces législatives 2014. Un nombre record qui ne peut que nous interpeller, surtout quand certains, pour manipuler l’opinion publique, se disputent les foules des meetings qui, souvent, n’attirent, en fait, pas plus de... 1 ou 2 % de notre corps électoral.

Pour dire le moins, la progression de notre électorat est fulgurante : 307 683 électeurs en 1967, 462 034 en 1982, 552 154 en 1995, 779 637 en l’an 2000 et 879 897 en 2010. Le nombre de partis est aussi en hausse : pas moins de 74 partis se sont inscrits contre huit partis seulement en 1967 et 15 partis en 1983. C’est le signe d’une démocratie vivante, même si (on le sait tous) la joute, à cause de notre système électoral inique qui favorise un affrontement bipolaire, se jouera, cette fois-ci encore, essentiellement entre deux alliances : celle qui se targue de représenter «l’unité et la modernité» et celle qui se vante d’être avec «Lepep». 

En revanche, un chiffre qui n’a pas progressé – malgré les promesses des principaux leaders politiques – demeure celui de la faible représentation féminine. Le triste fait que les deux principaux blocs n’arrivent pas à dépasser les 12 % de candidates traduit le manque de volonté politique, si ce n’est le non-respect des directives de la SADC et de l’ONU. Pourtant plus de 50 % des électeurs sont des femmes. À titre de comparaison, par rapport à l’échelle africaine sur laquelle nous sommes souvent en pole position, on est platement battu. Le Rwanda, le Mozambique, l’Afrique du Sud, l’Angola et l’Algérie ont déjà dépassé les 30 % et continuent à progresser de manière remarquable vers une parité hommes-femmes dans les sphères politiques. 

En ce qui concerne les êtres, si les femmes demeurent à la traîne, en revanche, les mêmes patronymes continuent, eux, d’occuper les devants de la scène. En 1982, Anerood Jugnauth, alors fringant quinquagénaire, et Paul Bérenger, quadragénaire à la moustache noire, jadis champions de la lutte des classes – et non des races – jouaient aux révolutionnaires pour chasser du pouvoir l’octogénaire sir Seewoosagur Ramgoolam, (alors âgé de 82 ans). Aujourd’hui, Bérenger, 69 ans, et sir Anerood, 84 ans, aspirent encore à être Premier ministre, alors que le fils de sir Seewoosagur Ramgoolam, lui-même âgé de 67 ans, rêve d’amender la Constitution afin de devenir un puissant président de la IIe République de Maurice pour une période de... 7 ans. 

Avec de tels chefs de parti, ce n’est pas une surprise que la classe politique n’arrive pas à se renouveler. La moyenne d’âge des candidats des deux principales alliances est d’environ 52 ans, alors qu’elle était, en 1991, de 43 ans. 

Ce qui provoque une coupure entre les indécis ou apolitiques et nos leaders politiques. Si ces derniers jurent par l’arithmétique politique pour assouvir leurs besoins d’alliance et de pouvoir, le nombre de Mauriciens qui se disent proches d’aucun parti ne cesse d’augmenter. Selon le sondage LSL/DCDM, réalisé entre les 15 et 31 octobre 2014, le plus gros réservoir des électeurs – soit 39 % – se trouve parmi les indécis. Ce taux est largement supérieur aux taux de sympathisants du PTr (28,8 %), du MMM (11,8 %) et du MSM (7,7 %) – mesurés à un mois du scrutin. Voir les principaux résultats en page 50. 

Moins d’un Mauricien sur dix voit un 60-0. Les élections pourraient d’ailleurs être plus serrées que prévu. Ou elles pourraient refléter les tendances du sondage LSL/ DCDM si les indécis ne se divisent pas jusqu’au 10 décembre. Les choix sont difficiles comme toujours. L’usure du pouvoir est bien réelle, mais l’alternance n’est pas une promesse de neuf. On votera sans doute contre – mais contre quoi ? 

L’usure du pouvoir est bien réelle, mais l’alternance n’est pas une promesse de neuf. On votera sans doute contre – mais contre quoi ? 

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