Représentation oui, participation non

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Il paraît que les femmes se sont déplacées en grand nombre pour le rassemblement qui leur était dédié par l’alliance rouge-mauve dimanche dernier. Comme à l’accoutumée, elles ont été conviées pour faire de la fi guration, applaudir les leaders et écouter candidement des mensonges. Elles ont ainsi entendu Ramgoolam et Bérenger ressortir, pour justifier leur incapacité à aligner 30 % de candidates sur leur liste électorale – chiffre considéré comme le seuil critique par les Nations unies qui ont fixé l’objectif d’atteindre une parité à 50 % –, l’argument archi-remâché : «C’est une réforme électorale qui garantira la présence d’une femme dans chaque circonscription.»



Peut-on demander à ces messieurs d’arrêter d’insulter l’intelligence des femmes ? Et par conséquent d’avoir le courage d’assumer leur part de responsabilité dans le fait que perdure l’inégalité des chances entre hommes et femmes. Car si leur liste de candidats ne compte que 12 femmes (elles n’auraient même été que 11 si Indranee Seebun n’avait pas été ajoutée à la dernière minute), c’est parce qu’ils ont euxmêmes décidé, en tant que leaders, que seulement 20 % de femmes feraient partie de leur équipe et que, tout moderne qu’ils prétendent être, l’audace leur a manqué sur la question de la participation des femmes en politique. A-t-on besoin d’une loi pour garantir une quelconque parité ou l’alignement d’un tiers de femmes sur une liste électorale ? Bien sûr que non.



Par contre, ce qu’il faut nécessairement, c’est une réelle volonté politique. Et là, le tandem Ramgoolam-Bérenger a failli. Ils ont toutefois dû se sentir rassurés, hier, en découvrant que, malgré le sanzman tant prôné par leur principal adversaire, l’alliance Lepep a été incapable de faire mieux. Là où les dirigeants du groupe opposé auraient pu faire la différence, ils ont préféré faire pire. Sur 60 candidats, le trio Jugnauth-Duval-Collendavelloo n’aligne que 9 femmes (15 %). Ainsi donc, à Maurice, les deux blocs qui prétendent nous gouverner demain trouvent normal de ne pas respecter le seuil de 30 %.



En clair, même si 52 % des électeurs se révèlent être des électrices, même si les responsables des ailes féminines excellent à convaincre les femmes de venir nombreuses dans les manifestations politiques, le message des leaders est limpide : oui à la représentation, non à la participation.



Il ne s’agit pas ici de faire un plaidoyer pour une plus grande participation des femmes au prétexte qu’elles feraient de la politique autrement. L’expérience de notre Assemblée nationale démontre qu’en termes de valeurs, hommes et femmes ne se comportent pas toujours différemment. Pratibha Bholah (repêchée à la dernière minute pour le rendezvous du 10 décembre) et Mireille Martin ont prouvé que le transfugisme peut aussi se conjuguer au féminin. Et Maya Hanoomanjee, en s’en prenant de manière condamnable aux journalistes de la MBC, s’est comportée comme ses partenaires Pravind Jugnauth et Showkutally Soodhun qui interdisaient l’accès de leurs conférences de presse aux journalistes de l’express quand ils ne brûlaient pas des copies de ce quotidien en pleine rue.



Même sur le plan des insultes, le vocabulaire ne progresse pas forcément quand une femme est au micro. À Bel-Air, on aura entendu Françoise Labelle qualifi er l’alliance Lepep de «kamion lisien», un peu comme pour imiter, en poussant le bouchon plus loin, Ramgoolam quand il traitait l’alliance opposée de «kamion salete».


Tout ça pour dire que les femmes en politique ne sont ni meilleures ni pires que les hommes. Mais aucune raison ne justifie que 52 % de la population soit ignorée au moment de la distribution des tickets. C’est injuste inégal et cela constitue une atteinte aux droits des femmes. Heureusement que la modernité et le sanzman sont passés par Lalit, un parti qui propose 43 % de femmes sur sa liste électorale…

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