L’avenir dans le rétroviseur

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Nous sommes dans le fief du roi, ce vendredi soir, au coeur de Triolet. Nous sommes venus écouter et voir comment réagit le peuple face au challenger du roi. Il y a quelques centaines de partisans et quelques dizaines de curieux, comme moi.


Peu après 19 h 30, un mouchoir blanc dans la main, un polo orange sur des épaules qui retombent, une chevelure trop foncée pour faire vrai, l’octogénaire entame sa diatribe contre le gouvernement. Sans garde du corps pour l’accompagner jusqu’au micro, sans (mais d’humeur) badine, il est à l’aise debout face à  l’auditoire, pas de notes, mais des phrases toutes faites sur le bout de la langue. Le doyen des candidats de ces législatives a certes perdu un peu de sa verve, mais il lui reste encore quelques imaginations (le jet privé fictif, par exemple) et autres fantaisies dans la parole. Et celle-ci ne tremble pas. Assez impressionnant.
 


Les phrases d’attaque lui viennent naturellement, quand elles ne sont pas pipées par un groupe de «meter choula» qui ont résolument «viré». Avec un langage imagé, qui met les soûlards du coin en transe, il appelle, de toutes ses tripes, à la révolte contre le Premier ministre Navin Ramgoolam, le «traître» désigné, celui qui veut donner le pouvoir à Paul Bérenger, le plus «hypocrite» des Mauriciens. Et là : il dégaine, égrène, égruge du Ramgoolam, dans un joli désordre, en gardant toujours un ton ferme, malgré quelques rires gras qui font sourire Sarojinee (qui semble boire tout ce que débite son homme) : «Li kouma so papa, li les lakes vid ek li pa oule ogmant ou pansion vieyes !» ou encore : «Akot li ? Li Roches-Noires ? Li pe rod so Rolex ? Li ar Nandanee ?Li pe negosie enn jet privé ? Li pe frekante ar Berenger ?»Les attaques les plus basses, les insinuations les plus salaces, les allégations les plus folles, les menaces les plus directes sont lancées à  l’assistance. Une assistance davantage amusée que captivée. Après 45 minutes, le vieil homme continue sa litanie ; mais la foule devient de moins en moins dense vers la fin. Des pères de famille s’en vont progressivement. Le spectacle de sir Anerood devient lassant, comme un film qui ne veut pas finir. Mais, lui, il aime ça. Il ne veut pas quitter la scène.
 


À son âge, après dix élections, l’empereur soleil n’a plus rien à perdre, sauf la vie. S’il a la forme, en revanche, sur le fond il s’emmêle les pinceaux : il vomit sur Navin Ramgoolam qui «vit dans le souvenir de son père» mais semble oublier que lui aussi a, dans son ombre, un Pravind (à qui il a – trop vite ? – confié les rênes du parti). S’il gagne les élections, comme il le prétend, sir Anerood finira son mandat à 90 ans, alors qu’il assure, dans son discours, qu’il fait confiance aux jeunes. Il est pour le maintien d’un système politique bipolaire, alors que notre avenir réside dans un mixte multipolaire, avec le renouvellement de toute la classe politique. En face, le duo Ramgoolam-Bérenger n’offre pas un contraste saisissant. À eux deux, ils cumulent 136 ans et 17 participations aux élections. D’où l’embarras du choix ?




S’il est vrai que les tempes de l’humanité grisonnent de plus en plus vite – les plus de 60 ans représentent 11 % de la population mondiale (ils seront 21 % en 2040) –, il n’empêche qu’on devrait sérieusement réfléchir à la manière de faire respecter l’âge de la retraite et limiter le nombre de mandats. L’an dernier, sous le titre «La République des vieux schnocks», on écrivait : «Et si la médecine aidant, la retraite passait à 75 ans ? ou à 80 ans ? Il est tout à fait improbable que toutes les compétences soient incarnées par un seul groupe, fût-il le plus ‘expérimenté’ ! Expérience ne veut pas dire sagesse, de toute manière, et ce concept (...) peut, en fait, incarner des contre-valeurs de méfiance chronique ou de prudence excessive, de manque d’idéalisme et d’audace, de cynisme, de suffisance.» En d’autres mots, on risque de finir comme le Zimbabwe et Cuba, entre autres pays qui ont du mal à croire en l’avenir... Finalement, à voir les schnocks d’ici ou d’ailleurs, l’on ne peut s’empêcher de demander : à quoi ça sert le pouvoir, si c’est pour ne pas en abuser ?
 


***


Ils en ont marre d’être des «bouncers». La Voice of Hindu va briguer les suffrages pour la première fois de sa triste histoire. Une occasion rêvée pour nous, électeurs, de lui prouver que son engagement communal a au moins un siècle de retard dans la construction de notre identité mauricienne. Dans un pays moderne, le groupuscule ne devrait pas réussir à sauver sa caution de Rs 1 500. Même Cehl Meeah l’a compris : il faut prôner l’ouverture et non le repli...

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