La théorie et le terrain

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L’alliance de l’Unité et de la Modernité donnera-t-elle raison aux mathématiques électorales ? Si les dirigeants du bloc PTr-MMM se sont alliés sur l’autel de ce froid calcul, sur le terrain, que ce soit dans le camp rouge ou dans le camp mauve, on semble moins convaincu de cette théorie. Au début, l’analyse paraissait claire pour le tandem Ramgoolam-Bérenger. En faisant une surprenante alliance à la veille des élections – dont on attend toujours la date –, les deux, ainsi que bon nombre de Mauriciens, voyaient déjà le 60-0 ki pa kapav bare, suivi d’une majorité de trois quarts à l’Assemblée nationale, avec, comme finalité, après  l'élection présidentielle, l’occupation du pouvoir et sa division en deux pôles, l’un à Réduit, l’autre à Clarisse House.

La réflexion des deux leaders, après les nombreuses séances de koz koze et les modes on et off, sonna comme une évidence : l’électorat travailliste, ajouté à l’électorat MMM, sera égal à une victoire certaine contre l’autre bloc plutôt faible qu’est l’alliance MSM-PMSD-ML. D’un côté comme dans l’autre donc, le survol fut simple. Les sympathisants allaient être servis : Ramgoolam aurait des pouvoirs accrus, brandis comme un gage de la fameuse garantie que recherchaient les associations socioculturelles hindoues, alors que Bérenger, en devenant enfin Premier ministre pour cinq ans (contre deux ans et demi avec le MSM), répondrait aux attentes des militants. Une alliance et des élections gagnées d’avance.

Or, dans la pratique, cette hypothèse fait face à quelques résistances. Et ce, pour plusieurs raisons : le flou entourant le projet de IIe République, qui suscite toujours des interrogations chez les partisans des deux partis ; l’antagonisme nourri pendant des années entre sympathisants rouges et mauves, et encouragé par les leaders qui font difficilement oublier les pires insultes lancées réciproquement par Ramgoolam et Bérenger que le clip Vire Mam a pris un plaisir à rappeler ; le bilan du gouvernement sortant éclaboussé par plusieurs scandales. À ce propos, on ne sait plus ce qui, des déclarations du pandit Sungkur dans les colonnes de l’express de mercredi dernier, affirmant avoir obtenu le terrain de Trou-aux-Biches par l’entremise du Premier ministre, ou de Ramgoolam, qui a confirmé les dires du pandit Sungkur, disant que «si kapav ede mo ede», est le plus révoltant ? Quand on sait que Bérenger critiquait avec raison ce projet de restaurant sur une plage publique, l’on comprend mieux la colère des militants qui ne reconnaissent plus leur leader et disent désormais non à ce U-turn radical.

Du coup, même les nouvelles promesses que fait l’alliance rouge-mauve arrivent difficilement à convaincre, car elles donnent paradoxalement un certificat d’incompétence au PTr qui est au pouvoir depuis neuf ans. Cela dit, s’il y a un changement majeur à noter dans cette campagne, c’est que des électeurs venant respectivement des bassins traditionnels rouge et mauve réclament le droit de penser par eux-mêmes et ne veulent plus suivre aveuglément les mots d’ordre de leurs leaders qui veulent leur imposer une alliance. D’où l’appel régulier de Ramgoolam pour ne pas «koupe transe». Alors que Bérenger est allé encore plus loin à Vacoas, vendredi soir, en affirmant : «Si ou enn travayis ou vot pou MMM avan, si ou MMM ou vot pou travayis avan.»

Ainsi, après le meeting du 12 octobre, qui fut la première indication d’une absence de synergie entre les partisans des deux bords, les choses ne semblent pas s’être améliorées ces trois dernières semaines, à voir le peu d’enthousiasme dans les congrès et réunions nocturnes. Cela étant, rien ne dit que cette situation profitera à l’alliance Lepep qui, de par sa position de challenger, a réussi quelques coups sur la base des promesses populaires. Du reste, SAJ a jugé utile de demander, vendredi, à Plaine-des-Papayes, de ne pas «met ou lakrwa kot kandida ti parti». Le désintérêt envers les blocs traditionnels profitera-t-il aux petits partis ? 

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