Au pays des hommes intègres…

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Le peuple finit toujours par se soulever face à celui (rarement celle) qui tente de le berner. Cela peut prendre jusqu’à 27 ans. C’est ce que découvre ces jours-ci le Burkinabé Blaise Compaoré qui ne veut plus lâcher le pouvoir, comme beaucoup de dirigeants politiques en Afrique, surtout ceux qui se retrouvent au crépuscule de leur vie politique…

Complice du coup d’état de 1983 avec Thomas Sankara (assassiné, lui, en 1987 dans des circonstances qui restent encore troubles aujourd’hui), Compaoré tente cette fois-ci un coup d’état politique. Ce faisant, il est devenu l’antihéros de la lutte menée par «son frère» Sankara.

Le Burkina Faso reste aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres du monde. En fait, le pays ne s’est pas remis de la disparition de son capitaine au béret rouge, Sankara, dit le Che africain. Aujourd’hui encore, l’ombre de Sankara plane sur l’Afrique, pas juste au Burkina Faso, mais dans plusieurs pays où des régimes dictatoriaux sont boulonnés. Nombre de jeunes Africains arborent son effigie sur des T-shirts, des chauffeurs de taxi ont son autocollant sur leur tableau de bord. Il incarne l’espoir d’un renouveau. Mais l’on ne saura jamais si Sankara aurait vraiment été un dirigeant d’un autre type, lui qui a été arraché à la vie à l’âge de 37 ans. Ou serait-il devenu comme Compaoré, une fois le goût du pouvoir scotché au palais ?

Contrairement à la plupart d’autres dirigeants africains pour qui le nombre de mandats s’avère élastique (ils tirent, ils tirent, jusqu’à ce que la corde qui les relie au peuple se casse!), le Che africain, certes arrivé au pouvoir par des voies antidémocratiques, voulait faire de la politique autrement, en se rapprochant du peuple et de ses   revendications. Il a joint, lui, le geste à la parole. Au pouvoir, au lieu de commander des Aston Martin ou des jets privés, Sankara a vendu les voitures de luxe des membres de son gouvernement. Lui-même se déplaçait dans une Renault R5. Sankara a rapidement changé le nom de son pays de Haute-Volta en «Burkina Faso» qui signifi e «Le pays des hommes intègres», afin d’instaurer une éthique. Autoritaire, Sankara a mené une lutte sans merci contre la fraude et la corruption, qui s’est traduite par des procès retentissants retransmis à la radio. Combien de nos hommes au pouvoir peuvent revendiquer ce label, en regardant autour d’eux ?

Panafricaniste dans l’âme, Sankara a oeuvré pour redonner au Burkina Faso une autonomie et une indépendance économique, d’où le fameux «consommons burkinabé». Il voulait être un exemple pour le continent. Son mot d’ordre est que le continent doit vivre de ses propres forces et par rapport à ses propres moyens. Il a aussi démontré une conception moderne de la condition féminine en nommant plusieurs femmes dans son gouvernement. Sa devise : «Malheur à celui qui bâillonne un peuple.»

Comme Patrice Lumumba ou Kwame Nkrumah, Sankara avait une vision autre de l’Afrique, qu’il libérait du joug colonial et monétaire. Comme eux, il a eu un destin brisé, car il s’était fait beaucoup d’ennemis, parce que justement il refusait de voir les petits intérêts des uns et des autres. C’était un vrai empêcheur de tourner en rond…

En revanche, ce que l’on voit actuellement au pays des hommes intègres est le contraire même de la philosophie politique de Sankara. Son successeur tente de changer la Constitution en sa faveur pour se maintenir au pouvoir. Comme l’avait essayé Abdoulaye Wade au Sénégal, Compaoré est en train de creuser sa tombe politique.

Et ce qui se passe à Ouagadougou – Parlement dissous, tentative de changement constitutionnel – devrait nous interpeller. Les hommes qui s’accrochent au pouvoir et qui veulent triturer la Constitution pour leurs propres intérêts et survie personnelle ne peuvent que soulever la colère de la rue. Dans une pseudo-démocratie, tôt ou tard, le peuple reprendra les rênes de sa destinée. Ceux qui se prennent pour des présidents ou des Premiers ministres à vie ont intérêt à écouter le peuple, et à lire ce qu’il a à dire…

 
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