Culture et politique

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Rémi Brague, professeur à la Sorbonne, proposait lundi dernier une définition de la culture lors d’une conférence à la fois sympathique et captivante à la résidence de France. Il la décrivait comme une série de codes et de références par lesquels un groupe social peut se reconnaître et s’orienter.

S’orienter !

En ce moment, sur le plan politique, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on est  passablement désorienté, la boussole nationale s’affolant dans tous les sens. Nous pourrions peut-être même dire, sans sourire, être à un… tournant.

Jugez en vous-mêmes ! Les «meilleurs» ennemis de ces 17 dernières années sont devenus des partenaires. On a même révélé et souligné qu’une alchimie particulière a longtemps existé entre les leaders du PTr et du MMM, malgré les attaques mutuelles les unes plus violentes que les autres qui auront emmaillé leurs parcours respectifs jusqu’au 20 septembre 2014 et le grand soir de cet autre accord… «historique». Le MMM en particulier se retrouve ainsi coincé entre l’obligation de se présenter comme du neuf, tout en ne critiquant pas trop et même en défendant ce qu’il a pourtant attaqué avec virulence jusqu’à l’ère du «koz koze». Encore une acrobatie qui ne fera pas très clair…Ramgoolam et Bérenger doivent par ailleurs réaliser que si la IIe République est, à leur sens,  logique» pour leur ambition… de créer un «pays phare», elle est pour les citoyens un énorme  chambardement incompris et déstabilisateur, d’autant plus qu’elle n’est nullement  proposée parce qu’il y avait une crise et donc un besoin apparemment pressant et fonctionnel de modification constitutionnelle. Les partisans fermes de ces deux  formations vont sans doute pouvoir se délester de leurs dernières velléités de  raisonnement ou de conscience, mesurer leur intérêt et se ranger. Mais quid de ceux qui, plus adéquatement décrits comme «flottant» à la périphérie de ces deux formations politiques la fois dernière, vont devoir à nouveau choisir ? Combien sont-ils parmi les quelque 80 % de voix récoltées en 2014 par les rouges et les mauves ? Nous ne le savons pas, mais ils sont désorientés, pour sûr, de toutes ces acrobaties «pouvoiristes» et certains pourraient décider soit de panacher leur vote, soit de voter différemment, soit de s’abstenir par dégoût.

Ajoutons à ce constat de déstabilisation des points de repères nationaux, la réhabilitation apparente d’Ashock Jugnauth, pourtant dénoncé pour corruption électorale par les travaillistes eux-mêmes à l’époque et condamné par la justice des hommes, tant localement qu’au Privy Council. Rajoutons-y le fait que le gouvernement sortant (c’est sans doute une première) ne se sentira pas le besoin de défendre son bilan économique puisque les ministres des Finances qui ont présenté ses budgets sont, à l’heure qu’il est, tous deux… dans l’opposition ! L’offre de jeunesse, relative s’entend, vient de Bérenger (69 ans) et Ramgoolam (67 ans) face au «vrai changement» qui, d’ailleurs, s’articule autour d’un candidat au poste de PM âgé de… 84 ans et d’un «shadow Finance Minister» de 69 ans (que se passe-t-il s’il leur arrivait malheur ?), la IIe République va donner plus de pouvoirs au président élu au suffrage universel (il se passe quoi si le président et le PM sont à couteaux tirés ?) ; le front bench travailliste est largement dominé par des transfuges, même le MMM a les siens (Lesjongard et Dulloo) et le front bench de l’alliance Lepep en comprend quelques-uns aussi et pas des moindres (Lutchmeenaraidoo et Sinatambou), tout en présentant deux membres qui sont actuellement devant des cours de justice, à savoir Pravind Jugnauth pour l’affaire Medpoint et Showkutally Soodhun pour son agression contre Radio One ! Sithanen, pourtant froidement sacrifié en 2010 pour Jugnauth junior, pardonne alors que Lutchmeenaraidoo complète un aller-retour...

Même si on s’arrête là, cela en fait des éléments perturbateurs, vous ne trouvez pas ? De quoi chahuter notre culture locale ? De quoi la transformer ? On n’en sait trop rien, mais on peut aussi rappeler, comme le professeur Brague, la théorie du poisson, surtout pour son corollaire que nous ne connaissions pas…

En effet, si la maxime «Might is right» est connue et que le gros poisson mange invariablement le petit poisson, le corollaire en est, de manière adorable, que le gros poisson, quand il est affaibli ou mourant, en mer, est avidement mangé par les petits poissons… Dans une démocratie, les petits poissons s’appelleraient… des électeurs !

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