Salaire minimum: Combien ça coûtera ?

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Le Household Budget Survey 2012 (HBS2012),publié en avril 2013 et conduit sur 6 720 foyers entre janvier et décembre2012, est vraiment plein d’enseignements qui ne semblent pas avoir beaucoup retenu l’attention, sauf à Justice et Paix, du diocèse catholique, qui rappelle les chiffres clés suivants de ce sondage (sauf pour le dernier qui est une estimation détaillée des dépenses de «minimum vital» faite par les membres de Justice et Paix eux-mêmes)

(voir Tableau 1 ci-dessous).

Le débat sur le salaire minimum ayant soudain pris une dimension additionnelle avec la proximité des élections, la rédaction de l’express s’est lancée dans quelques réflexions et constatations et a pensé utile, en passant, d’établir des estimations de ce qu’un salaire minimum ou un «minimum vital» peut coûter sur le plan national.

Le tableau qui suit est construit à partir du Tableau 4 du HBS2012. Les deux premières colonnes sont exactement celles du HBS. La troisième est construite à partir d’une extrapolation du Tableau 7 de la même enquête : en effet si 33 800 foyers sont considérés être sous le seuil de pauvreté et que ceux-ci représentent 9,4% du nombre de foyers en totalité, le nombre de foyers est forcément de 359 600. En l’absence d’un complément de données, il faut alors faire une hypothèse quelque peu héroïque (qui exagère probablement un peu le coût final) et supposer que tous les foyers mauriciens sont des foyers «moyens» de deux adultes et deux enfants, ce qui n’est évidemment pas le cas. On peut ensuite tenter de quantifier ce que coûterait un salaire «minimum» à la nation sur la base de deux scénarios :

-Revenu minimum pour une famille de quatre, établi au seuil dit de pauvreté, soit Rs 13 330 (définition du HBS)

-Revenu minimum, pour une famille de quatre, établi au seuil d’un panier de dépense type, soit Rs 28 092 (définition Justice&Paix **)

(voir Tabeau 2 ci-dessus).

Les commentaires suivants paraissent être les plus pertinents.

1. En relevant le «minimum vital» d’une famille de deux adultes et deux enfants à Rs 13 330, le coût national semble être plutôt supportable à Rs 5,2 milliards (inclus un treizième mois). De toute  manière, toutes ces familles ou ces individus qui sont sous le seuil de la pauvreté (voir encadré pour les définitions) souffrent de manière tangible et violente et/ou ne peuvent aspirer à des consommations de base et doivent donc, de manière prioritaire, être l’objet de cet ajustement, surtout si cela ne mène pas à leur perte d’emploi.

2. Par contre, au niveau du minimum vital établi à Rs 28 092, le coût national sera sept fois plus important, à Rs 36,5 milliards environ, ce qui, malgré l’avis de certains, mènera inévitablement à des licenciements ou, pire, à des fermetures d’entreprises, surtout si l’ajustement n’est pas étalé dans le temps. On peut aussi ajouter que si le gouvernement reconnaissait ce niveau de «minimum vital», il pourrait avec difficulté faire admettre que son allocation chômage y soit inférieure… ce qui mènerait à un autre problème, dès lors que l’emploi «à salaire minimal» n’aurait plus aucun attrait face au chômage.

3. Autre considération : si le salaire minimum est établi, peu importe le niveau où il s’établira, est-ce que les autres salariés, aujourd’hui mieux lotis, accepteraient de voir leur «différentiel» de salaire être rongé sans réagir ? Pour qui connaît la nature humaine et les mécanismes de la pensée syndicale, on peut probablement s’attendre, après l’établissement d’un «salaire minimum», à un «ajustement» vers le haut de tous les salaires ! Ce qui, quoiqu’en disent certains, sera catastrophique pour la compétitivité des productions nationales, si la productivité ne suivait pas rapidement – ce qui est tout bonnement improbable !

4. Finalement, soulignons que l’étude du HBS 2012 nous indique aussi que le nombre absolu d’individus «pauvres», selon la définition de l’encadré ci-dessus, a augmenté de 93 200 individus en 2001/2002 à 104 200 en 2006/2007 et à un chiffre estimé de 126 200 en 2012 ! Pour bien comprendre l’horreur de la «pauvreté», regardez à nouveau le tableau et essayez de vous figurer comment 51 783 foyers se débrouillent avec moins de Rs 10 000 par mois ou, pire, comment 7 911 foyers se retrouvent avec moins de Rs 4 000 mensuellement (admettant même que certains «foyers» ont seulement un, deux ou trois membres…). Il n’est donc pas exagéré de dire que TOUS les gouvernements concernés sur cette décade ne semblent pas avoir établi un bilan satisfaisant dans leur lutte contre la pauvreté, alors même que les autres couches de la population progressaient suffisamment pour détériorer le coefficient de GINI (de 0,388 à 0,413 entre 2006 et 2012) et faire désormais leurs courses à La Croisette, Jumbo et Bagatelle !

** Minimum vital pour une famille de deux adultes et deux enfants, par mois

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