En attendant les programmes…

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La valse des élections vient d’être lancée même si le Parlement n’a pas été dissous et que la date des élections n’est pas encore fixée. La fièvre monte et nous courons le risque, comme toujours, de voir l’émotion remplacer le peu de raisonnement qui existe encore en cette île. Ce ne sera pas notre cas ici à l’express, car même si nous ne sommes pas infaillibles (contrairement à certains), nous y travaillons dur, en toute bonne foi, sans autre agenda que le bien de ce pays et que comme Eleanor Roosevelt (femme méconnue, mais exceptionnelle à bien des égards), nous sympathisons avec l’idée que : «Great minds discuss ideas, average minds discuss events and small minds discuss people.»

Nous avons eu droit, à ce stade, à quelques idées disparates, à l’ébauche, samedi, du programme de l’alliance Lepep (nous y reviendrons…) et à un premier document écrit que l’on peut appeler d’orientation générale. Il s’agit en fait des termes de ce qui constitue l’accord électoral entre le MMM et le PTr et il a été publié le 20 septembre dernier. Ce document a le mérite d’ancrer un accord de gouvernement conjoint dans un document transparent qui agit en toile de fond au programme gouvernemental détaillé qui suivra. Cette transparence est, en elle-même, positive, surtout si elle signale une approche différente des affaires de la nation, qui ferait que cette dernière, dans le futur, soit possiblement mise au parfum et invitée à comprendre plutôt qu’à se laisser ballotter par la rumeur ou l’émotion ou, pire, à se taire ? Pas de Freedom of Information Act comme recommandé par Robertson, par contre…? Cette transparence est peut-être aussi une invitation à sortir de l’état trop longtemps infantilisé dans lequel le leadership politique a cantonné la population. Peut-être… Le fait qu’il n’y ait presque pas eu de réactions ou de commentaires à ce petit document de 10 pages est peut-être, malheureusement, aussi révélateur de l’état de conditionnement de la population ! On ne se décrasse pas facilement de quarante-cinq ans d’abêtissement délibéré, de mauvais exemple à la tête de l’État et d’un consumérisme qui nous bouffe nos cervelles et nos capacités d’exiger mieux que des «bouttes» égoïstes, empoisonnés et souvent avilissants…

Que dit donc ce petit document assez bien ficelé ?

Il édicte un agenda énergétique, économique et social somme toute plutôt prévisible, mais il a le mérite d’y reconnaître des idées qui ne sont pas généralement politiquement pratiquées (on favorisera (désormais !) une «low carbon economy» ainsi que l’exportation, on reconnaît qu’il faut s’occuper de la balance des comptes courants et des paiements, tous deux largement déficitaires, on reconnaît le principe de la productivité, on parle de professionnaliser le service social et de la nécessité de réformer l’éducation pour combattre la pauvreté). Pour la démocratie, on nous annonce une MBC «indépendante» (à la bonne heure ! Avec les mêmes ?) Et l’on reconnaît la nécessité de la pluralité des opinions (même si différentes, espérons- le !). Par contre, la télé privée se fera sans que l’on précise si c’est selon la formule travailliste qui prône l’absence du bulletin d’information… Les déclarations d’intention sur l’unité nationale sont même lyriques. Convertiront- elles les «vested interests» actuels, regroupés autour d’organisations socioculturelles puissamment enracinées dans le paysage local, parce que systématiquement encouragées par nos hommes au pouvoir eux-mêmes ? Espérons-le, mais on en doute, surtout si on continue, par ailleurs, à les courtiser avec assiduité ! Nous sommes ravis de voir venir un contrôle «législatif» du financement des partis politiques et d’un Declaration of Assets Act pour les politiciens et d’autres hommes publics. Il faut applaudir l’intention d’approfondir la transparence et la gouvernance des corps parapublics et le désir d’améliorer l’efficience des services publics dans le sillage de ce que l’OPSG fait déjà de bien. Une idée générale qui se sent bien c’est celle de la prospérité partagée, mais dans cet ordre.

Il n’est peut-être pas inutile cependant de souligner que les huit axes «clés» de la future politique gouvernementale occupent 3 pages du document alors que la réforme électorale, la réforme constitutionnelle et le partage du pouvoir en occupent 5. On attendra donc le programme gouvernemental détaillé pour se faire une meilleure idée. Il n’est peut-être pas inopportun non plus de signaler que l’une des grandes difficultés de cette alliance c’est qu’elle promet de transformer tellement que l’on se demande comment ce sera possible sans remettre en question (et donc d’offenser) certaines des normes pratiquées et installées par le gouvernement sortant… sous Ramgoolam ? Il s’agira indéniablement d’un sacré jeu d’équilibriste, qui sera partiellement favorisé par la mise en touche de dizaines de «nou dimounes» qui porteront, en quelque sorte, le chapeau des déficiences et des scandales qui auront occupé l’actualité ces dernières années. On peut aussi mieux comprendre la phrase de Bérenger qui suggère qu’il ne veut pas trop regarder le passé et qu’il préfère «get pli divan», puisque seul le futur peut être modifié et que le passé est tellement encombrant… Mais il y aura sans doute, après les élections, de la vive résistance aussi : comment, en effet, assurer que la moitié qui retournera au pouvoir se comportera différemment et aura, soudain, des aspirations qui contredisent ou blâment même ce qui se faisait ou se tolérait précédemment ?

Le tsunami promis à un moment par Ramgoolam, serait-ce finalement Bérenger ?

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