Choisir son parti politique: la révolution rationnelle

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À l’approche des élections générales, nous allons bientôt faire un choix décisif. L’auteur encourage les électeurs à faire un choix basé sur la raison plutôt que sur les émotions. Il estime que la presse devra, plus que jamais, jouer son rôle de garde-fou afin de présenter les faits aux citoyens.

Dans quelques mois, nous serons appelés à aller voter pour un parti politique de notre choix. Chacun sera seul face à lui-même pour décider du sens qu’il donnera à son pays. On dit souvent que les Mauriciens ne savent pas voter. Qu’est-ce qui se cache derrière cet argument :

– Que les Mauriciens ne sont pas rationnels, et ils n’ont pas intérêt à l’être.

– Les Mauriciens ont renoncé à leur capacité de raisonnement.

– Les Mauriciens sont plutôt subjectifs (penser avec l’émotion) qu’objectifs (penser avec la raison).

Quand les leaders de la nouvelle alliance (gouvernement/opposition) déclarent que le score des prochaines élections sera un 60-0 en leur faveur, ils misent sûrement sur la subjectivité des Mauriciens. Nous devrons donc nous attendre à ce que leurs campagnes s’orientent plus sur les émotions comme la peur, le devoir de loyauté, le dégoût de l’autre, que sur les faits tels que les bilans tangibles, les actions concrètes à entreprendre et une vision qui soit réaliste et réalisable.

Quelle route prendrez-vous?

Pour ma part je choisis celle de la raison car je suis convaincu que la connaissance vaut mieux que la croyance, en ce qu’il s’agit de confier le pouvoir de gouverner le pays dans lequel je vis.

Pourquoi choisir un parti politique basé sur la raison?

L’ingrédient principal selon moi d’une approche pragmatique, voire subjective, serait la peur. La peur est le résultat de l’action de notre subconscient à remémorer notre expérience passée qui a pu causer une souffrance et imaginer un futur ou la souffrance n’y est plus. Notre action dans le présent sera donc conditionnée pour éradiquer cette source de souffrance.

Pour être raisonnable, il faut donc «déconditionner» son esprit et faire abstraction de ces émotions. Bref, il faut oublier et pardonner. Ensuite, notre capacité de décision sera plus fertile.

Sommes-nous prêts à mettre de côté nos émotions dans notre processus de décision ?

Nous voilà donc ayant pris une décision pour la raison. Maintenant, il nous faut savoir quels outils nous disposons pour nous permettre de faire un choix rationnel. L’outil principal serait l’information : les faits (the hard facts).

On peut facilement trouver les faits : soit dans la presse, les discours des politiciens, les analyses de l’observateur politique, social ou économique. Cependant, la rationalité exige que les faits suivent deux critères : ils doivent être premièrement vérifi ables et deuxièmement être quantifiables (discours des politiciens… hmm ?)

Si ces deux critères ne sont pas respectés, on rentre alors dans la subjectivité. On devient émotionnel. C’est un travail herculéen, me direz-vous ? Oui, c’en est un, car le système de l’information rationnel est chose rare à Maurice comme tout autre pays qui choisit le chemin de l’émotion pour communiquer avec la population. 

Seule information «crédible» et «indépendante» (dépendant du propriétaire) serait donc la presse. Nulle autre institution n’est assez transparente pour fournir ces informations. C’est là, l’importance d’avoir une presse vraiment indépendante et impartiale qui peut jouer son rôle de 3e pole du pouvoir. Nous devons donc exiger que la presse nous fournisse les éléments nécessaires pour nous aider dans notre processus de décision. La presse se doit donc de nous faire des analyses sur les bilans des parties, ou d’analyser la faisabilité des projets annoncés par les parties. Mais au risque de me répéter, les informations doivent être tout le temps ramenées à des chiffres.

Supposons maintenant que la presse nous fournit ces informations cruciales, vérifiables et quantifiables, pour nourrir notre besoin de rationalité. Qu’allons-nous en faire ? Deux options :

On choisit uniquement les faits qui sont le plus important pour nous et on oublie le reste. Exemple : Un retraité peut bien faire un choix de vote basant sur seulement le fait que le parti ait augmenté sa pension de vieillesse. Les autres critères, ne sont pas à considérer.

2. On évalue les partis politiques à l’aide de multiples critères. Chaque critère a son degré d’importance et on met des ratings de performance pour chaque partie. Conséquemment, le parti qui est plus coté, reçoit notre intérêt de vote.

Le but final donc de cet exercice serait de structurer notre esprit pour faire un choix rationnel, car il va permettre deux choses :

Nous analyserons les faits avec un esprit dépourvu de préjugés, et donc plus libre.

2. Les politiciens nous vendraient leurs «produits» avec des arguments concrets et raisonnables plutôt qu’avec les arguments émotionnels. (Leurs capacités à pouvoir le faire est une autre histoire).

Est-ce utopique de penser ainsi ? Je crois que non. Comme vous, je suis indigné de voir la classe politique nous dicter notre choix en faisant un conditionnement de notre esprit, et ce avec notre consentement. Mais l’indignation sans l’action positive est stérile.

Il semble qu’en tant qu’individu, nous ayons peu de leviers à notre disposition pour réellement faire avancer les choses au niveau politique, social et économique. Mais par contre, nous pouvons certainement modifier notre pensée et construire une vie plus libre et satisfaisante. C’est là, le point de départ essentiel pour créer une société nouvelle.

Les dés sont donc jetés. C’est à nous maintenant d’agir.

par Eric Kerslay Melaine

(Sugar Cane Key Accounts Manager - Southern Africa)

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