Scénarios : à nous de jouer !

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Sir Anerood Jugnauth s’est cru malin de faire de l’ironie en se référant à l’accord écrit qui va lier les travaillistes aux militants dans le cadre des prochaines législatives. Pour lui, semble-til, un accord écrit est révélateur du manque de confiance entre les partenaires. À notre humble avis, l’accord décidé entre Ramgoolam et Bérenger est beaucoup plus extensif, compliqué et porteur de conséquences inattendues que la moindre des choses est de tout préciser sur papier pour qu’il n’y ait, au moins, pas de malentendu. Vous  imaginez si l’on se retrouve, en pleine campagne électorale ou après une victoire, c’est-à-dire quand plus vieux encore, avec des interprétations de l’accord qui fluctuent en  fonction de ce que la mémoire soit mauve ou rouge ?

Les propositions pour une seconde République, ça se comprend, ne pourront pas être  totalement assimilées et donc commentées jusqu’au moment où l’accord détaillé, écrit et signé nous sera livré, à nous, simples mortels, du grand public. En attendant, la  conférence de presse de Bérenger, mardi, a été utile même si vertement spoliée par un chapelet d’invectives stupides qui ne peuvent que rajouter à son image de démocrate «intolérant» de l’opinion des autres. En résumé , le Premier ministre sous le nouveau régime garde tous ses pouvoirs, sauf cinq qui migrent vers la présidence : (1) le pouvoir de dissoudre le Parlement ; (2) le pouvoir de présider le conseil des ministres quand le président le souhaite ; (3) le Premier ministre doit donner «toute sa considération» à une demande de révocation de ministre émanant du président ; (4) le pouvoir de mener la politique étrangère du pays «en collaboration totale avec le Premier ministre» ; et (5) plus de pouvoir dans sept cas précis de nominations : le président étant désormais aussi consulté pour la nomination du commissaire de police, du secrétaire du cabinet (veto au PM), des secrétaires permanents, du directeur de l’Audit et le président ayant le pouvoir de nomination, après consultation auprès du PM, pour le gouverneur de la Banque de Maurice et ses adjoints, le directeur général et le board de la MBC (surprise !), le SFO.

Chacun y trouvera sa propre conclusion mais, primo, dans un partage de pouvoir, il fallait bien des compromis et comme le PM du jour a 100 % des pouvoirs, un compromis ne pouvait, il est nécessaire de le répéter, se faire qu’à ses dépens, et deuxio, dans une telle configuration, il vaut mieux que le président et le PM sachent vraiment comment et veuillent travailler ensemble !

Reste donc les scénarios. Nous en voyons quatre essentiellement.

En votant PTr-MMM, l’électorat choisit des hommes (à peu près connus), un programme (encore à venir…) et aussi, pour la première fois depuis l’Indépendance, une réforme

constitutionnelle. C’est un « package » qui comporte donc une décision plus lourde que d’habitude d’autant plus qu’il faut imaginer cette nouvelle Constitution dans un futur

sans Bérenger et Ramgoolam, en pleine lune de miel….

■ Scénario 1 : PTr-MMM minoritaire au Parlement : Très impropable à ce stade,  l’électeur aimant traditionnellement voter « gagnant », mais pas impossible …

■ Scénario 2 : PTr-MMM majorité simple, sans ¾ : Ramgoolam reste PM avec tous les pouvoirs et Bérenger sans pouvoir devient VPM. Et dépendant du rapport de force

des parlementaires ; plus (MMM avec moins de députés) ou moins (PTr minoritaire) de stabilité dans l’alliance…

■ Scénario 3 : PTr-MMM rafl e la majorité des ¾ – ce qui nous donne lieu à trois sous-scénarios :

• Sous-scénario 3.1 : Ramgoolam démissionne et se fait élire président : tout le monde est content, du moins jusqu’à la première différence d’opinion dans le couple président- PM

• Sous-scénario 3.2 : Ramgoolam démissionne mais ne se fait pas élire comme président : drame national en perspective, cohabitation probablement impossible dans ce pays à l’esprit revanchard et étriqué. Imaginez Jugnauth retournant au Réduit avec plus de pouvoir face au PM Bérenger ! Et Ramgoolam à Londres ?

• Sous-scénario 3.3 : Changement d’opinion de dernière minute. Le PM Ramgoolam refuse de démissionner et rompt l’accord. Panique et crise au gouvernement et

cassure.

■ Scénario 4 : La cassure intervient avant les élections (législatives ou présidentielle) en raison de désaccords profonds réels ou engendrés par ceux qui y trouvent à perdre. Bataille électorale en 2015. À trois ? Conclusions ? De toutes les façons, il nous faudrait

pour réellement approfondir notre démocratie :

I) Promouvoir le renouvellement et le rajeunissement rapide de la classe politique pour que le débat politique devienne plus mûr, en étant moins prisonnier de longues histoires à plusieurs tiroirs où tous sont paralysés en se tenant mutuellement par la barbichette (To oulé cause pou moi ? Mo pou cause ceki pou toi…)

II) Rendre le fi nancement des partis politiques transparent, afin tant d’affranchir nos dirigeants nouvelle vague de fixation malsaine sur leurs tétines financières et notre

population de ses spéculations parfois perverses et étouffantes pour notre psychisme national.

III) Introduire la limitation des mandats (trois mandats comme ministre, deux mandats comme PM et un mandat comme président si on insiste pour le septennat ou deux si on opte pour le quinquennat ?)

IV) Et si nous changeons de Constitution, éviter le septennat pour minimiser les plages de cohabitation qui paralyseront la nation…

Pour le reste, il faudra prier pour que la chimie interpersonnelle de nos dirigeants  demeure aussi bonne qu’au moment des célébrations d’alliance et que le pays phare que l’on nous promet ne souffre pas de strabisme. Ou, comme on le dit  savoureusement dans les chaumières mauriciennes, que l’alliance ne devienne «cailouche». Ce qui risque de mener droit dans le lampadaire…

 
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