Les prédateurs de la République

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Aux yeux de Paul Bérenger et de Navin Ramgoolam, nous les «semi-intellectuels», nous ne comprenons pas grand-chose à leur grande vision de la nation. Mais jugeons les sur les faits et puis recentrons les discussions sur cet ineffable coup de coeur qui a eu lieu à Clarisse House entre deux leaders politiques qui aspirent, non seulement à gouverner ensemble, mais plus dramatiquement, à amender la Constitution.

Nous voulons bien leur accorder le bénéfice du doute, mais les premiers mots de ce «nouveau chapitre» annoncé de l’histoire sont écrits dans une grammaire incorrecte. L’incipit est trop confus, pour que nous soyons convaincus des aptitudes des deux leaders politiques à rédiger la suite.

Notre point principal. Ces deux hommes ont prêté serment au lendemain du dernier scrutin national pour exercer «au mieux de leurs capacités» le rôle qui leur a été confié par le suffrage populaire. Mais qu’ont-ils fait en priorité pendant tout ce temps-là? Du party politics aux frais des contribuables et par conséquent aux dépens d’une majorité conséquente de la population pour laquelle la vie est tout, sauf romantique, en ce moment.

Les circonstances reposent sur des combines politiques. Pour s’éviter une situation embarrassante au Parlement où sa majorité ne tient qu’à un membre désormais, le Premier ministre Navin Ramgoolam a suspendu (prorogé pour reprendre son vocabulaire) les travaux.

Dans la foulée, Paul Bérenger s’est soudainement rendu compte qu’ «il n’y a plus de scandales dans le pays». Entre la première travée de l’opposition et celle de la majorité, il n’y avait qu’un saut à faire pour tomber dans les bras du Premier ministre. Et le leader de l’opposition l’a fait, sans se rendre compte de la trahison populaire et du mépris institutionnel que représente cette désertion. Ses accointances avec le pouvoir nous désolent. Ce manque de discernement entre la politique politicienne et l’institution est tout simplement incroyable.

Il aurait été beaucoup plus honorable à Paul Bérenger de démissionner de son poste de leader de l’opposition et de mener ensuite des négociations d’alliance avec le pouvoir. Idem, ç’aurait été plus respectable à Paul Bérenger d’éviter la polygamie politique. En alliance avec le MSM, il négociait avec les travaillistes au pouvoir. Si la politique est sale, il y a des limites qu’on n’aimerait pas voir franchir par ceux qui aspirent à nous gouverner. Qui plus est, à amender la Constitution.

RAZZIA ÉLECTORALE

Ces contorsions politiques de Paul Bérenger sont une bénédiction pour Navin Ramgoolam. Lui qui a gouverné ces quatre dernières années sur la corde raide, improvisant en permanence, a trouvé en Bérenger un sauveur de plein gré. Un coup du karma? Peut-être oui. Peut-être non.

Cette page de notre histoire politique nous apprend une chose. Ensemble, le Premier ministre et le leader de l’opposition ont mis l’appareil d’État à leur service. Ils sont plus prédateurs que serviteurs de la République. Ils se servent plutôt que servir.

Dans ce relâchement des moeurs politiques, nous ne savons plus aujourd’hui où commence l’État, où s’arrête la politique politicienne. Où commence la fonction, où s’arrête l’homme.

Navin Ramgoolam et Paul Bérenger sont en quête d’une razzia électorale, d’un nouveau 60-0. Au mieux, c’est un sociodrame qui s’annonce. Au pire, le destin que nous méritons tous «pep admirab».

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