Approfondir la démocratie, comme ça ?!

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Les sorties de Paul Bérenger, ces temps derniers, contre la presse ne peuvent que faire frémir. Surtout pour quelqu’un qui dit souhaiter «approfondir la démocratie mauricienne» une fois qu’il sera au pouvoir. Le leader du MMM a tenu hier une conférence de presse pour dénoncer «les divagations, les manipulations et la mauvaise foi» de l’express et de deux radios. Il n’a pas du tout apprécié l’analyse de notre journal, faite dimanche et lundi, selon laquelle le président de la IIe République sera plus puissant que le Premier ministre en termes de pouvoir et de prérogatives. Selon le leader du MMM, pour reprendre ses propres termes, le pays n’aura ni «un Premier ministre marionnette» ni «un président vase à fleurs». Quoi qu’il en rajoute pour convaincre l’opinion et son électorat (à qui l’on vend le poste de Premier ministre), l’express ne pourra jamais tomber d’accord avec lui à l’effet qu’il sera un Premier ministre avec autant de pouvoirs que Navin Ramgoolam aujourd’hui ou Navin Ramgoolam demain. Il sera à la merci de celui-ci. Point à la ligne. C’est une équation purement mathémathique quand l’on passe du système politique actuel au système bicéphale que l’alliance PTr-MMM concocte actuellement. Affirmer le contraire relève, par contre, de la mauvaise foi intellectuelle.

Venons-en au fond maintenant. Si Bérenger et Ramgoolam ont pris huit mois de «on» et «off» pour accorder leurs violons sur les détails complexes d’un tel partage – inédit chez nous – de pouvoirs, s’ils n’ont pas voulu publier jusqu’ici leur accord écrit (il faudrait attendre le 20 septembre, nous dit-on), si les légistes des deux partis seraient toujours en train de finaliser les détails de cet accord, alors n’est-il pas normal que la presse et le public prennent du temps pour tout assimiler et comprendre ?

S’attaquant à l’express, Bérenger explique que nous n’avons rien compris aux processus de nomination, que ce soit pour les Permanent Secretaries ou les Assistant Secretaries, que rien ne change car ce sera toujours la PSC qui en aura la responsabilité et ce, contrairement à ce que dénonçait le syndicaliste Rashid Imrith dans notre édition d’hier (NdlR, il affirmait que ce serait dangereux pour le fonctionnement de la fonction publique si le président devait nommer les Assistant Secretaries). Pourtant, dans une déclaration à notre confrère du Mauricien hier, le Premier ministre lui-même déclare : «C’est par précaution que nous avions mis cette provision dans le texte de l’accord conjoint. J’ai évoqué la question avec Paul Bérenger et j’en parlerai à Rashid Imrith pour lui dire que cela ne tombera pas sous les pouvoirs du président de la République et qu’il reviendra à la PSC de le faire sans consultation avec le président.» Cette clarification du Premier ministre est tout à son honneur, alors que Bérenger, lui, choisit d’attaquer les messagers, au lieu de soigner la communication déficiente autour du projet d’accord PTr-MMM.

Nous l’avons écrit depuis dimanche. Il faut publier l’accord afin de mettre fin aux spéculations les plus folles et surtout pour permettre au public de faire sa propre opinion. L’excitation de Bérenger n’aide pas du tout. Au contraire, en s’en prenant ainsi à la presse libre, il donne l’impression de vouloir manipuler de manière éhontée l’opinion publique. S’il continue sur cette lancée antidémocratique, c’est-à-dire en traitant de «bourriques» tous ceux qui osent émettre une opinion contraire à la sienne, nous pourrions être mal partis pour cette IIe République. L’île Maurice moderne a besoin d’un Premier ministre qui sait prendre de la hauteur, démontrer de la patience et qui ne s’emporte pas inutilement quand il communique des informations vitales. Et de telles informations sur les changements majeurs qui nous guettent ne doivent pas être livrées au compte-gouttes ou en réglant des comptes.

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