Quand le pouvoir force le compromis

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Ça se saurait si la politique d’aujourd’hui était une question d’idéologie, de principe, voire de conviction. L’image tout sourire de Ramgoolam et Bérenger, réunis après avoir craché vigoureusement l’un sur l’autre, confirme ce que tout le monde sait : la politique n’a jamais été qu’une histoire d’intérêts et de pouvoir. Les deux leaders auront beau tenter de nous vendre, avec leur accord rendu public ce samedi, le projet d’un pays-phare, d’une île modèle tournée vers la modernité, il n’en demeure pas moins que la concrétisation de cette alliance ressemble, contrairement à ce qu’a dit Ramgoolam en conférence de presse («j’aime les batailles difficiles»), au choix d’un chemin qui évite soigneusement les embûches et dont le seul but est d’obtenir des résultats électoraux clairs, limpides et surtout faciles.

Quand on sait que le Premier ministre actuel «n’aime pas les alliances à cause des compromis», quand l’on observe que malgré sa supposée première place sur l’échiquier politique, il n’a jamais rendu public le sondage qui, selon ses propres dires, le donnerait gagnant sans béquilles, et quand l’on découvre que le partage des tickets est de 30-30, l’on conclut que le leader des Rouges, qui ne voulait pas, semble-t-il, renouveler l’expérience avec les Jugnauth, avait autant besoin de Bérenger que ce dernier avait besoin de lui. Du moins, avec cette alliance, les deux leaders veulent mettre toutes les chances de leurs côtés afin d’éviter d’être perplexes le jour du dépouillement.

Et la conférence de presse d’hier n’est qu’un premier exercice de communication nécessaire après les tumultueux épisodes on/off pour rassurer leurs électorats respectifs. D’où le fait que tous deux ont tenté de démontrer qu’ils seront, s’ils sont élus, l’incarnation du pouvoir, que ce soit «partagé» ou «en collaboration». Le message de Ramgoolam était clair : «J’aurai tous les pouvoirs en tant que président de la République. Je pourrai dissoudre le Parlement et je présiderai le Conseil des ministres quand j’en aurai envie.» En sus, toutes les principales nominations seront faites par lui. Voilà pour ceux qui étaient tentés par une campagne «Ramgoolam pou perdi pouvwar». Ce faisant, le Premier ministre envoie aussi un signe à une partie de son électorat, déçue par ce pacte et tentée par les bras de SAJ qui, lui, a déjà séduit quelques intellectuels et pas des moindres : Vassen Kauppaymuthoo, Roshi Bhadain et Etienne Sinatambou, ceux-là qui font désormais partie de l’aventure soleil.

Tout comme Ramgoolam, le leader du MMM a lui aussi regardé son électorat dans les yeux hier, en adoptant un ton qui tranchait avec ses traditionnelles conférences de presse et ses critiques acerbes envers le gouvernement. Bérenger a donc fait comprendre, avant la tenue de l’assemblée des délégués (qui ne sera finalement qu’une procédure symbolique), «qu’il n’y a rien à craindre», car il s’agit là d’un «bon compromis» dans l’équilibre du pouvoir. Puis, pour faire passer la pilule «le PTR rafle la meilleure part du gâteau», le leader des Mauves a vendu des thèmes qui ont toujours été le cheval de bataille du MMM : une réforme électorale, le combat contre la fraude et la corruption, une meilleure justice sociale… Non sans ajouter, à l’intention de tous les militants qui se méfient de Ramgoolam, qu’un «permanent coalition committee» veillera à garantir le succès de cette alliance. On devine que, face aux Mauves toujours sceptiques, le leader du MMM les convaincra que le deal est bien meilleur qu’avec le MSM, car il lui permettra d’accéder au poste de Premier ministre pendant cinq ans.

Mais nous n’en sommes pas encore là, sachant que, malgré la confiance en un 60-0 du nouveau duo, tout peut arriver, y compris une défaite ou l’impossibilité d’avoir une majorité de trois quarts pour changer la Constitution après les élections. Mais ça, c’est une autre histoire. Pour l’heure, nous assistons à un mariage de raison entre deux leaders, l’un s’accrochant à l’autre pour une question «d’intérêt national»

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