Vite, trop vite ?

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Sans  le réaliser, nous sommes entrés en campagne électorale. Les choses vont  désormais s’enchaîner à vitesse grand V. Hier après-midi, comme prévu, Navin  Ramgoolam et Paul Bérenger ont facilement convaincu leur état-major respectif – deux opérations de com bien synchronisées – de l’intérêt pour eux de partager, en deux parts égales, le gâteau électoral ou national.

Dans leur argumentaire, ils ont surtout mis leur parti en avant et ont minimisé leur (fin de) carrière respective. Ils ont su éviter les écueils qui ont ponctué leurs longues  séances ‘on’/‘off’. Même Bérenger semble avoir, depuis hier soir, soigné son besoin compulsif de communiquer à tout bout de champ sur des dossiers gouvernementaux. Le leader du MMM est conscient qu’il doit éviter de voler la vedette à son nouveau ‘boss’, le Premier ministre actuel – qu’il a malencontreusement devancé, une dernière fois (?), en annonçant aux Mauriciens que le prochain Budget sera finalement présenté après l’installation du nouveau gouvernement…

Aujourd’hui, de la Clarisse House, Ramgoolam et Bérenger, qui ont déjà pratiqué cette partition, vont regarder le peuple mauricien droit dans les yeux pour tenir le discours suivant : «Cet accord que nous vous proposons est historique. Il réunit les deux plus grands partis politiques de Maurice. Cela n’a pas été facile d’arriver à un accord, mais nous avons choisi de mettre l’intérêt supérieur du pays en avant. Nous voulons faire de Maurice un pays phare, un modèle de développement pour le monde entier.»

Après ce préambule, ils révéleront, enfin, les principaux points de l’accord qui les unit 17 ans après leur premier divorce. Un accord taillé sur mesure pour eux. Mais cet accord siéra-t-il au pays, au-delà de leur petite personne ?

Si la grand-messe d’aujourd’hui apportera son lot de réponses, surtout sur le calendrier électoral et le partage de pouvoir entre les deux hommes, beaucoup de questions de fond vont perdurer. Il s’agit de rester lucide : le pays va vivre plusieurs changements majeurs simultanément, dans un court délai, le temps d’une campagne électorale. Quand l’on sait à quel point les débats sont viciés sur des caisses de savon, est-ce le meilleur forum pour expliciter la mutation de notre régime parlementaire actuel en un système présidentiel ou semi-présidentiel ? Est-ce au Bar Chacha ou sous la varangue d’une autre boutique  quelconque, et en quelques semaines seulement, qu’on va discuter d’une réforme  électorale d’envergure qu’on n’a pas su mener jusqu’ici autour d’une table ronde ? Quelques meetings et réunions nocturnes suffiront-ils pour que le peuple cerne les risques associés à la transformation de notre système politique (où le pouvoir reste centralisé au sein du bureau du Premier ministre) à un système bicéphale ? Avons-nous étudié les récents bouleversements ou conflits liés à de tels partages de pouvoir, que ce soit au Kenya, au Zimbabwe, à Madagascar, voire en France ? N’allons-nous pas trop vite en besogne ?

Que se passera-t-il si, un jour, le Président et le Premier ministre ne sont plus d’accord ? Le pays ne risque-t-il pas de se retrouver coupé en deux ?

En 1995, lors de leur premier mariage, salué par un 60-0, personne ne pouvait se douter d’une cassure moins de deux ans plus tard. C’est ainsi la vie, quand on aime, on voit que le bon côté des choses, on est obnubilé, on fonce tête baissée. Cette fois-ci, s’ils cassent, ils risquent de casser le pays aussi. Et c’est notre principale crainte, au-delà des risques de dérive totalitaire, auxquels ce journal est habitué, au quotidien, depuis 1963.

 
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