L’Erdogan mauricien

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Qui de Paul Bérenger ou de Navin Ramgoolam sera le mâle dominant d’une éventuelle alliance PTr-MMM ? Au stade actuel de leur vie politique, c’est sans doute la question qui les taraude le plus. Et les autres points ne nous semblent pas si «fondamentaux» que cela.

Dans l’opinion publique, il devient de plus en plus clair que celui qui court le plus  derrière cette alliance électorale demeure le leader du MMM, qui lance une série d’ultimatums (même s’il n’aime pas employer ce mot) au leader rouge. Son dernier deadline, apparemment, sera après-demain, car les derniers macadams seraient broyés à coups de «koz koze» durant ce week-end «crucial».

En attendant, ne sachant sur quel pied valser, Bérenger menace tantôt de reprendre son rôle de leader de l’opposition et de préparer son parti à aller «seul» aux élections, et tantôt il avoue que la non-concrétisation de l’alliance rouge-mauve serait une   «catastrophe» pour le pays. Ramgoolam, lui, n’est manifestement pas du tout pressé, encore moins emballé que Bérenger. Le Premier ministre sait qu’il a le temps de  ridiculiser davantage le leader de l’opposition, devenu ces derniers temps l’objet de tous les quolibets, avant de lui donner le baiser de la mort au moment opportun.

En 1995, pour conquérir le pouvoir, Navin Ramgoolam avait misé sur Paul Bérenger pour crédibiliser son programme gouvernemental et accessoirement venger le 60-0 de son père face à Anerood Jugnauth. Puis, une fois Premier ministre, après avoir investi les municipalités (dont les portes lui ont été ouvertes par les mauves), il s’est débarrassé du MMM car Bérenger marchait trop sur ses plates-bandes premierministérielles, surtout quand il était à l’étranger. Bérenger s’était alors jeté dans les bras des Jugnauth pour reconquérir le pouvoir et devenir, pour la première fois de sa longue carrière, grâce à un accord à l’israélienne, Premier ministre, même si ce n’était que pour deux ans. Il a pris goût à ce poste suprême, mais n’a pu récidiver en 2005, mordant la poussière face au même Navin Ramgoolam. Depuis ce dernier a connu succès sur succès.

Aujourd’hui, après neuf ans non-interrompus comme Premier ministre, il prépare savamment son accession comme premier président mauricien qui sera élu au suffrage universel – un peu comme Recep Tayyip Erdogan vient de le faire en Turquie. Faisant fi de la presse indépendante qu’il traite de tous les noms, et de l’Assemblée nationale qu’il a mise en congé forcé, Ramgoolam, comme Erdogan, reste populaire et charismatique, au grand dam d’une opposition qu’il a su décimer.

Après la victoire annoncée d’une alliance PTr-MMM, il fera, lors de son quatrième mandat, une réforme constitutionnelle pour rogner les ailes du Premier ministre et confiera le poste à un Bérenger passablement discrédité, à l’image d’un Ahmet Davutoglu, alors qu’il renforcera les prérogatives du président, qui pourrait nommer ou virer le Premier ministre. Une fois au Réduit, Ramgoolam songerait à mettre une limite de deux mandats au poste de président de la République. En 2020, il pourrait alors lorgner, une dernière fois, ce poste suprême. Tel pourrait être le destin de Maurice.

 
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