Récupération politique et préjugés : peut-on tout politiser dans ce pays ?

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Les élections nationales, on veut bien, les municipales, bien moins, mais on concède, les régionales, c’est incompréhensible mais on constate, les élections du Students Council à l’UoM, c’est intolérable! Et cela ne s’arrête pas là malheureusement. Les «preuves», aux standards d’une cour de justice, nous ne les avons pas toujours et là n’est pas notre rôle d’ailleurs, mais nos journalistes rencontrent, semaine après semaine, année après année, beaucoup trop de cas de nominations selon des critères qui n’ont rien à faire avec le mérite, de contrats alloués dans des circonstances douteuses, de baux alloués on ne sait comment pour on–sait–qui, pour qu’on ne se sente pas sérieusement concerné. Les partis politiques de ce pays, depuis plusieurs décades déjà, encouragent chez les citoyens une mentalité de «roder bout» qui pourrit le pays et l’éloigne coûteusement des circuits et des automatismes qui nous auraient permis de progresser tellement plus rapidement. C’est grave et cela prend ces jours-ci presque des proportions désespérées : la frustration monte, les jeunes sans «backing» qui aspirent encore à un emploi grincent, ceux qui ont la chance de partir étudier à l’étranger ne reviennent plus, le fossé entre les nantis et ceux qui se débattent au pied de la pyramide se creuse, celui entre les «favorisés» par des emplois dans le secteur public et ceux qui travaillent dans le privé augmente, la productivité on s’en balance, on investit de moins en moins… Veut-on progresser comme une nation ou est-ce que les prébendes de «nou bann» vont suffire ? La conscience de la nation s’appelle-t-elle vraiment Ashock Jugnauth ?

Le PM, à l’ICC cette semaine, parlait de ceux qui ne peuvent voir que du sombre dans le pays, qui trouvent «tou pa bon» et de citer notre 24e place mondiale comme pays le plus calme au monde. Il a raison de citer ce qui va bien. Mais il aurait tort de s’en contenter. Ce qui assure le progrès d’un pays, ce n’est sûrement pas de se prélasser en prenant connaissance des scores et des classements qui nous sont positifs, mais plutôt de s’occuper avec diligence de ce qui ne va pas et de ce qui attend depuis trop longtemps, de comprendre ceux qui grognent, d’investir (c’est dur !) dans les principes en abandonnant «la république des faveurs et des punitions», de réduire le temps imparti à ce que l’anglais appelle du «political point scoring» en gageant qu’ayant bien (mieux !) mené les affaires de l’État, l’électorat lui en saura gré ! Être aimé c’est bien, être respecté c’est infiniment mieux. Il n’y a pas d’homme à abattre, mais des principes à pratiquer.

Et n’oublions surtout pas qu’il s’agit de notre pays à tous, pas du pays des cliques de parti, auxquels la grande majorité des citoyens ne veut pas, en tous les cas, être inféodé. Notre peuple s’aime libre, affranchi, capable de choix. Il ne souhaite pas (surtout s’il peut faire autrement !) être redevable à un notable politique pour un acte, ou pour une décision qui relève de justice naturelle, de logique ou de la simple rationalité. Cela fait 40 ans ou plus que nous prenons la pente et que nous devenons tous, de plus en plus, agrippés aux jupes des politiques, qui ne cessent de nous décevoir. Sommes-nous capables de bifurquer, de prendre un nouveau départ, de grandir et de devenir, enfin adulte en nous libérant de nos fantasmes qu’absolument tout dans nos vies dépend de 62 hommes et femmes, pas toujours triés sur le volet… ?

En fait, à bien y penser, les coupables, c’est nous-même car, alors que nos représentants au Parlement devraient représenter et travailler pour la nation entière, nous les avons laissés modifier la partition et nous faire croire que c’est nous qui devions danser à leur rythme et à leur convenance. Regardez le résultat !

***

L’honorable Deerpalsing a contribué une réflexion exquise et juste au débat cette semaine. Elle cite Georges Monbiot, un activiste politique et environnemental écrivant au Guardian qui aurait écrit : «Freedom of the press is freedom to print such of the proprietors prejudices, as the advertisers don’t object to». Excepté que la citation n’est pas de Monbiot, mais du journaliste Hannen Swaffer, un socialiste et un spiritualiste, né en 1879 et tellement craint que HG Wells l’aurait décrit comme l’homme le plus dangereux de Londres ! Swaffer rêvait en fait d’un journal libre de l’influence de ses propriétaires afin qu’il soit sous celui de… ses rédacteurs, c’est à dire lui-même entre autres ! De toute manière, un journal sera toujours le reflet des préjudices ou des convictions de certains et c’est pourquoi la pluralité de la presse est alors capitale.

Cela fait 50 ans que l’express, quant à lui, recherche les faits, agit comme plateforme pour un large débat d’idées sur de «vrais problèmes» et assure la défense de certaines grandes causes (l’industrialisation et la libre entreprise, l’indépendance du pays, la méritocratie, le mauricianisme, l’égalité des chances, la justice, l’affranchissement de la pauvreté, entre autres). Voilà déclarés à nouveau, nos préjugés. Nos lecteurs s’y retrouvent. Nos annonceurs aussi. Sauf apparemment pour le gouvernement, kidnappé en cela par les politiques au pouvoir de ce pays depuis des années et de certains lobotomisés qui, dans son sillage, n’ont plus la liberté de penser de manière autonome. Eux sont contre. Ça nous rassure.

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