La revanche des cousins…

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Dans la crise du virus Ebola qui se propage en Afrique de l’Ouest et qui nous terrifie  tous, on nous annonce qu’il n’y a ni médicament, ni vaccin. On sait que les recherches qui mènent à ces médicaments sont longues et ardues et donc coûteuses. On sait aussi que si le «marché» pour ces médicaments n’a pas un pouvoir d’achat suffisant, les grandes compagnies pharmaceutiques ne vont pas investir. Sans «business case», pas de  production. C’est moche, mais c’est la réalité !

Quoi qu’il en soit, au moment où Ebola effraie la planète entière, se pose la question de savoir si l’on peut se permettre d’attendre que des remèdes soient testés avant d’être  utilisés pour établir leurs effets secondaires. On rapporte ainsi sur l’internet qu’un vaccin développé contre la malaria par GlaxoSmithKline** aura attendu 30 ans avant d’être soumis aux essais des régulateurs, qui prendront, eux-mêmes, plus d’un an pour tout contre vérifier ! Dans ce cas, il y avait au moins, en attendant, un peu de prévention possible avec les moustiquaires fi nancées par George W. Bush et Bill Gates. Mais l’OMS, devant la virulence d’Ebola va, par contre, peut-être accélérer le processus en se basant uniquement sur les recherches faites en laboratoire. Deux médecins américains ont même choisi de court-circuiter le système en place, à leurs risques et périls, en essayant un sérum expérimental, le ZMapp, qui n’avait été testé jusqu’alors que sur des singes. Les médecins sont toujours vivants. Le ZMapp n’a, par contre, pas sauvé un  prêtre espagnol de 75 ans. L’état du patient et surtout la rapidité avec laquelle le traitement est administré après l’infection première sont déterminants. Sur les singes, le ZMapp, en préventif, fut un succès à 100 %. Administré 48 heures après l’infection, le taux de survie baisse à 67 %. Apres 120 heures, seuls 43 % des singes survivent. Le même genre de constat s’applique pour la demidouzaine d’autres médicaments  expérimentaux. Sans les singes en labo, on aurait «essayé» quoi ? Les incantations et la poudre de perlimpinpin ?

Ce qui est frappant ici, c’est la grande utilité des singes de laboratoire pour les essais cliniques ! Pratiquer ces essais sur des humains quand la maladie étudiée particulièrement dévastatrice, comme avec Ebola, est évidemment difficile et dangereux et prend du temps. Un temps que l’humanité n’a pas quand ses membres infectés peuvent transporter le virus loin et rapidement grâce à l’avion ou le train (temps d’incubation de 3 à 20 jours jusqu’aux symptômes apparents !). Un temps que l’humanité n’a pas non plus quand ses membres meurent faute de soins.

L’ironie de la situation présente est que le singe de brousse est un des porteurs du virus Ebola et que son cousin de laboratoire assure les essais cliniques qui pourraient être déterminants pour sauver l’homme ! Personne ne souhaite faire des essais cliniques sur des singes si cela peut être évité, mais cessons l’hypocrisie : vous souhaiteriez, vous, être le cobaye pour expérimenter le vaccin contre Ebola ?

Moi, pas !

Finalement, on pourrait évidemment «laisser faire la nature». Mais qui voudrait expliquer ceci à ceux-là qui crèvent en Afrique de l’Ouest aujourd’hui et, demain, sur le reste du globe ? Qu’on s’en souvienne clairement au moment des choix à faire: l’alternative à affranchir les macaques rhésus des laboratoires, c’est d’emprisonner l’homme face aux épidémies en constante mutation…

**Il s’agit du RTS,S qui vient de terminer les tests dits de «phase III» dans huit pays d’Afrique sur des échantillons de population incluant plus de 16 000 enfants. 350 millions de dollars ont été dépensés jusqu’ici, 260 millions de dollars de plus s’y ajouteront et la fondation Bill & Melinda Gates a aligné 200 millions de dollars dans ce programme où Glaxo s’engage à plafonner son profi t sur le coût de fabrication à seulement 5 %. On estime que 630 000 humains meurent de malaria chaque année, la grosse majorité étant des enfants de moins de 5 ans. Il y a quatre phases de tests cliniques sur des humains. Ces tests ne se poursuivent que si la phase «pré-clinique», en laboratoire, est suffisamment prometteuse.

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