Otages de politiciens

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Plusieurs explosions, cette semaine, nous ramènent à la cruelle réalité de notre monde déchiré. Un monde où les populations civiles demeurent, encore trop souvent, otages de la convergence d’intérêts occultes qui se nourrissent de l’insécurité et de la peur entretenue de l’autre.

Ce qui se passe dans la bande de Gaza – la quatrième guerre en huit ans – nous interpelle de par la puissance de feu disproportionnée, surtout quand elle est dirigée contre des enfants et autres civils innocents, devenus des boucliers humains. Même si on devrait éviter de porter un regard blasé sur les atrocités de Gaza, l’on peut difficilement s’empêcher de développer un sentiment d’impuissance face à cet énième affrontement entre la droite israélienne de Tel Aviv et les radicaux du Hamas. Insensibles au droit international et aux pressions diplomatiques, les deux factions politiques règnent au sein de leur territoire respectif  récisément parce qu’elles s’affrontent de cette façon durable et meurtrière. Leur stratégie de survie est calquée sur la dangerosité de l’autre. Plus le conflit s’enlise, plus leur ancrage politique devient fort et payant. Et tant que tous ces belliqueux, qui profi tent de l’économie de la guerre de Gaza, demeurent accrochés au pouvoir dit démocratique, que ce soit en Israël et en Palestine, les chances de parvenir à un accord de paix qui résoudrait les questions de frontières, de colonies et de réfugiés demeurent quasi-inexistantes.

Aveu d’impuissance ou expression d’un vide diplomatique : après les retentissants échecs en Afghanistan et en Irak, le conseil de sécurité de l’ONU, gendarme dépassé d’un monde qui ne cesse de se transformer, préfère que l’Egypte (qui sort ellemême d’une mini-guerre civile) fasse la médiation pour que le feu cesse. C’est dire le triste sort des deux millions d’habitants de Gaza, pris entre deux feux et plusieurs engrenages. Réagissant aux SOS des dirigeants ukrainiens, selon lesquels le ‘Malaysia Airlines’ aurait été abattu par un missile sol-air tiré par des “terroristes”, le Conseil de l’ONU annonçait hier une enquête internationale pour que la lumière soit faite sur la mort des 298 passagers. Si l’Ukraine parle d’attentat terroriste, en pointant du doigt les militants séparatistes pro-russes, la Russie de Poutine blâme, elle, l’insécurité ambiante dans l’est de l’Ukraine (zone contrôlée par les militants pro-russes). Comme pour Gaza, on se retrouve avec au moins deux visions du monde qui s’affrontent, à coups de propagande et de contre-propagande. Et alors que les autorités de Kiev et les rebelles pro-russes s’accusent mutuellement, les proches des victimes essaient de rassembler leur courage pour aller identifi er les restes déchiquetés de leurs proches…

Ces crimes contre des civils resteront impunis car le basculement du monde plonge la communauté internationale dans une crise sans fin. Le modèle du monde post-1945, avec sa vitrine onusienne, est plus que jamais face à ses limites et à des intérêts stratégiques qui ne cessent d’évoluer.

***

Chez nous, c’est la saison des nouveaux partis politiques. On en voit pousser au moins un chaque semaine. Sur le papier, cela ne peut être qu’une bonne chose pour notre démocratie, prise en otage depuis quatre décennies par quelques patronymes qui roulent des partis politiques. Face à ce paysage politique aussi immuable que ses acteurs, la demande pour de nouvelles têtes, idées et pratiques ne peut qu’être forte. Une offre politique moins contraignante et une sève nouvelle de politiciens ne peuvent qu’être à l’avantage des électeurs mauriciens. Ces nouvelles voix promettent toutes de faire la politique autrement, même si certaines ressemblent étrangement à celles qu’elles veulent remplacer. Le temps nous dira si ces nouveaux acteurs susciteront ou pas l’adhésion des indécis. En attendant, il est réconfortant de voir que quelques personnes sont disposées à se battre contre des dinosaures et un système inique pour tenter d’améliorer notre quotidien. Souhaitons que ces nouvelles voix s’accordent, du moins pour faire progresser quelques dossiers, comme, disons, le chômage des jeunes, l’environnement et les énergies renouvelables, le ‘Law and Order’, le communalisme, au lieu de se battre entre elles, pour un micro ou une photo dans la presse, ou encore quelques milliers de ‘likes’ virtuels sur Facebook. Car les défi s, eux, sont bien réels.

 
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