Le temps du grand toilettage !

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Le pays vient de revoir à la baisse ses ambitions de croissance pour 2014. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il devrait commencer à nous inquiéter sérieusement car le taux de croissance évolue loin de son potentiel depuis trop longtemps. Une situation qui risque de nous exploser à la figure si nous la laissons perdurer.

Pour éviter le pire et ne pas voir briser le rêve de devenir un pays à revenu élevé, nous devons songer urgemment à mettre en branle l’agenda de réforme non aboutie. Nous pensons bien évidemment à la réforme des entreprises publiques.

Lors de sa récente visite à Maurice, le directeur général adjoint du Fonds monétaire international, Min Zhu, a remis la question sur le tapis. Il a expliqué la nécessité de renouer avec les réformes pour replacer l’économie sur la voie de la relance.

C’est d’autant plus important car nous avons assisté depuis quelques années à une prolifération d’entreprises publiques dans pratiquement tous les sous-secteurs économiques sans pour autant qu’elles ne corrigent les imperfections de ces marchés ; comme cela aurait dû être le cas.

Le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, a donc tout à fait raison de parler de rationaliser les opérations de ces entités quand on sait qu’elles ont englouti presque 3 % du produit intérieur brut en termes de transferts gouvernementaux en 2010. Qui plus est, six des quinze plus grosses entreprises publiques affichaient pour la même période un déficit opérationnel alors que la dette totale de ces corps paraétatiques s’élevait à 7 % du PIB.

Clairement, nous n’en avons pas pour notre argent. La prestation de services des entreprises publiques laisse non seulement à désirer, mais encore leur contre-performance ne fait que miner la compétitivité économique de l’île et restreindre notre potentiel de croissance. Cela, alors que dans le passé, nous avons pu justement compter sur la solidité de nos institutions pour surmonter les déséquilibres macroéconomiques et réaliser ce que bon nombre d’observateurs étrangers qualifient de « miracle économique mauricien ».

Force est de constater que les entreprises publiques sont aujourd’hui frappées par une crise de gouvernance. C’est ce qu’avait également relevé une étude faite en 2009 pour le compte du comité national sur la bonne gouvernance. Selon cette étude, plus de 80 % des entreprises cotées en Bourse étaient en conformité avec le code de bonne gouvernance alors que les corps parapublics n’étaient que 44 % à s’y conformer.

Faut-il s’en étonner quand nous savons que les critères pour la nomination des dirigeants de ces institutions sont loin d’être basés sur la compétence et la méritocratie? Continuer ainsi équivaudrait à s’enfoncer davantage dans le piège du revenu intermédiaire. Ce n’est certainement pas le souhait du nouveau ministre des Finances. Or, il ne suffit pas de faire des déclarations d’intention.

Le pays a besoin de créer de la richesse et de générer des emplois. Pour y parvenir, nous avons besoin d’élargir notre espace fiscal afin de booster notre capacité d’investissement. D’autant plus que la tendance pointe vers une faible croissance des recettes fiscales tandis que les dépenses publiques continuent de croître.

Réduire les dépenses superflues, c’est donc la voie à prendre si nous voulons nous donner les moyens de nos ambitions en termes de croissance. Depuis le temps qu’on en parle, personne ne semble y faire grand cas et les entreprises publiques continuent de vampiriser l’argent des contribuables.

Alors que le mot réforme est sur toutes les lèvres en ce moment, il serait dommage de ne pas également procéder au toilettage des entreprises publiques. C’est l’objectif que devra se fixer un nouveau gouvernement à travers la mise sur pied d’un organisme indépendant spécialement mandaté pour moderniser les entreprises publiques et, pourquoi pas, répondant à un nouveau ministère comme celui de l’économie. En attendant, le pays a besoin d’un signal fort. Le Premier ministre prendra-t-il le pari maintenant qu’il détient le portefeuille des Finances ?

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