Cehl contre tous

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Il y a la Constitution qu’on peut toiletter, il y a toujours Erskine May ou Murphy qu’on peut citer, il y a une opposition et des politiciens qu’on peut charmer, il y a des propagandistes et une horde de flatteurs qu’on peut payer pour claironner l’avancée «historique» du mini-amendement. Mais il y a aussi et surtout des mentalités qu’on peut difficilement déraciner précisément à cause du réalisme politique qui a gagné du terrain depuis un demi-siècle. Ainsi, comment le toilettage de notre Constitution, le rewriting politique transitoire, temporaire, l’artifice légal jetable après les prochaines élections, peut-il venir à bout du communalisme, tel qu’il a été historiquement institutionnalisé et, surtout, tel qu’il est scientifiquement pratiqué chez nous dans la conquête ou la sauvegarde du pouvoir ?

Le seul dossier du Best Loser System (BLS), une épine plantée dans notre Constitution, illustre parfaitement notre situation délicate – entre la justice et le pragmatisme, entre la raison et l’émotion. L’ambivalence du MMM, du MSM et du PMSD sur le sort du BLS, qui veulent se projeter comme des partis avant-gardistes tout en continuant à téter aux mamelons de la division communale, est révélatrice du cynisme qui afflige nos représentants au Parlement. Seul Cehl Meeah a été totalement fidèle à ses principes et pratiques, en formulant, hier, un «non» sonore. Les autres ont sorti leur masque et discours de circonstance. 

En 1966, sir Harold Banwell, chargé de recommander un système électoral susceptible d’apaiser les craintes des minorités, a choisi la perpétuation de l’infrastructure communale, nous enfermant ainsi, comme à perpétuité, dans quatre cases communautaires. Le déverrouillage de ces quatre cellules, certes forcé par Rezistans ek Alternativ et l’Onu, aurait pu être total, à la hauteur de ces longues semaines de prorogation du Parlement, si le mini-amendement avait été final, pas jetable après un scrutin. Une vraie réforme électorale après une large consultation avec tous les partenaires sociaux, pas le mini-amendement, aurait pu être une étape historique. Et surtout elle n’aurait pas été biaisée par la formule (tirée par les cheveux) de Sithanen, contrainte de se reposer sur les statistiques produites, depuis 1976, par ce même BLS qu’on juge dépassé.

En juin 1966, dans un éditorial, intitulé Correctifs pour Banwell, l’express écrivait : «Le contenu communal du correctif fixe (Best Losers) est une branche morte du temps jadis. Il est un obstacle aujourd’hui. Demain il exaspérera.» En juillet 1966, l’express allait plus loin dans son propos prémonitoire : «Tant que durera ce système électoral, le recensement d’ordre communal sera indispensable. Et tant qu’en accomplissant leur principal devoir civique, celui de voter, les habitants devront consigner une étiquette, le rêve d’une nation émergeant du passé doit être abandonné.»

Aujourd’hui, 46 ans après notre indépendance, on est en droit de questionner nos dirigeants politiques qui se félicitent du mini-amendement et leur demander : pourquoi vous accordez-vous un sursis politique ? Y aurait-il des vérités trop éclatantes pour être soutenues du regard ?

Car si la Constitution ne reconnaît que quatre communautés, la réalité et le calcul politiciens sont bien plus complexes. Le front bench des alliances passées et futures, la nomination au sein des corps parapublics anti-tsunami, la désignation des candidats dans des circonscriptions savamment dessinées, tout cela repose sur des mentalités d’un autre âge. C’est cette perversion qu’on doit amender. Si on veut vraiment prospérer à la fois comme pays et nation, il faut donner priorité à la méritocratie, et minimiser l’influence de nos chefs de tribus, et leurs envolées qui contribuent à la déconstruction durable de notre nation. Et célébrer tout ce qui nous unit. 

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