Derrière le sourire de Ramgoolam

Avec le soutien de

Plus loin que le vote de l’amendement constitutionnel qui prend l’allure d’une formalité, d’autant que les parlementaires pourront se prononcer en faveur tout en déclinant leur appartenance communale sur la liste électorale (!!), c’est le calendrier politique qui reprend désormais ses droits.

Après que l’île Maurice entière a pu assister en direct, à la télévision, vendredi dernier, à l’excellente entente Ramgoolam-Bérenger, deux hommes résolument happy ensemble, tous les yeux sont maintenant rivés sur le Premier ministre qui est le seul à savoir ce qu’il dissimule derrière son sourire. Est-ce que le futur vote de l’amendement (rien qu’un tout petit pas vers un avancement, loin de la réforme annoncée lors de la prorogation du Parlement) signera la dissolution de l’Assemblée nationale, provoquant les élections générales anticipées comme veut le faire accroire ici et là des bruits de couloir venant des deux principaux camps ?

Avec la reprise des travaux parlementaires, sept semaines de congé plus tard, le gouvernement et l’opposition ont des comptes à rendre et sont contraints de préciser clairement leurs positions respectives. Jusqu’ici, deux styles se sont confrontés : l’un, Ramgoolam, amateur de la culture des secrets, détestant partager ses prérogatives, est resté motus et bouche cousue sur les épisodes koz koze, ne révélant le fond de ses réflexions ni avec ses députés ni avec ses partisans; l’autre, Bérenger, au contraire, ayant eu le mérite d’avoir joué franc jeu dès le début, a révélé aux militants, à son bureau politique ainsi qu’aux citoyens qu’il y avait réellement des négociations rouge-mauve, d’où les nombreux épisodes, un temps «on» quand ils étaient presque fiancés et un temps «off » quand ils étaient presque séparés.

Si valeur du jour, la rupture PTr-MMM est semble-t-il en mode définitive, nous savons tous qu’il n’en est rien et que, malgré les dires des leaders, personne n’envisage l’option d’aller seul aux législatives. Est-ce que le scénario qui se joue ces jours-ci fut écrit dès le départ par un Ramgoolam calculateur voulant dès lors faire alliance avec le MMM ? Difficile à dire ! Est-ce qu’il a déplacé un à un ses pions pour qu’à l’heure du choix, ce soit lui qui dicte ses lois ? Probable. Jusqu’à présent, il peut être crédité d’avoir concrètement bouleversé l’échiquier politique en quelques mois, ayant à son actif la cassure MMM-MSM (son bouclier fut la réforme électorale et la deuxième République), le départ des Bleus (pas de la Coupe du monde, mais du gouvernement) poussés vers la sortie et qu’il a humiliés, allant jusqu’à cruellement préférer Sithanen à Duval lors de son dernier déplacement en Inde. Parallèlement, il ne s’est pas privé de critiquer vigoureusement SAJ, insistant sur le fait que le PTr ne négociera aucune alliance avec le parti soleil de Pravind Jugnauth. En revanche, face à des questions d’alliance avec le MMM, il ne révéla pas le fond de sa pensée, se contentant de répéter que les anti rouge-mauve sont ceux qui «empêchent le pays de progresser».

Que nous réserve le Premier ministre après le vote de l’amendement constitutionnel la semaine prochaine? Est-ce qu’il prépare un coup, façon 2010, et dissoudra l’Assemblée nationale pour qu’une alliance improbable voie le jour ? Seul Ramgoolam sait ce qu’il a dans la tête. Et jaloux de ses prérogatives, il se réserve le privilège d’annoncer lui-même ses couleurs. Pendant ce temps, aux yeux du peuple, l’Assemblée nationale a rouvert ses portes et l’on s’attend, comme dans toute démocratie, à ce que les rôles entre un gouvernement et une opposition parlementaire soient clairs et respectés…

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