A qui profite (réellement) le système électoral ?

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Mini ou maxi. C’est une question de perspectives et de contextes. Il y en a plusieurs. Et ils peuvent nous détourner de l’essentiel.

La dimension historique d’abord. L’acceptation quasi-générale du Constitution (Declaration of Community) (Temporary Provisions) Bill s’inscrit dans la continuité d’une lutte en faveur d’un Etat qui continue sa sinueuse route de décolonisation et de décommunalisation, 46 ans après son indépendance. C’est un pas, qu’il soit petit ou grand, en avant, dans notre ‘nation building’. Tout comme celui que le MMM, en 1982, avait accompli en mettant fin à la pratique de recensement communal, dont l’objectif était d’enfermer les Mauriciens dans quatre cases communautaires. Déjà, à l’époque, dynamisés par un retentissant 60-0, nombre de jeunes poussaient pour l’élimination pure et simple du ‘Best Loser System’ (BLS). Mais, pragmatique, et ayant lui-même trouvé refuge derrière le paravent d’Anerood Jugnauth, Paul Bérenger a dû freiner cet élan populaire en expliquant aux militants que le MMM n’avait pas le mandat pour amender la Constitution afin de nous débarrasser du BLS.

Placé au coeur de notre système électoral dans un autre temps, un autre contexte, où il fallait surtout garantir la représentativité de toutes les composantes de la communauté, le BLS a joué son jeu communal, au fil des décennies. Certes, certains ont profité de ce système perverti mais, bon gré mal gré, il a accompli sa mission. Aujourd’hui, avec le métissage et l’ouverture des esprits, il a perdu sa raison d’être. D’ailleurs, les calculs pour préserver les huit sièges additionnels divisent profondément. Et s’il semble y avoir une majorité qui s’accorde à dire que le BLS est dépassé, on constate aussi l’immortalité de réflexes passéistes au sein de pratiquement tous les partis politiques présents au Parlement. D’aucuns s’y accrochent encore, comme agrippés à une nostalgie dynastique, à une consanguinité d’un autre âge.

Aussi triste de noter que certains font la queue pour discourir et vont ostensiblement voter l’amendement, pour être du bon côté de l’histoire, mais ils n’affichent aucune honte à expliquer qu’ils déclareront, au prochain scrutin, leur communauté puisqu’il s’agira de profiter, une dernière fois apparemment, des sièges additionnels en cas de ballottage défavorable. Cela s’apparente à se ranger des deux côtés de l’histoire en même temps ou, comme dirait l’autre, à “manz banan dan de bout”.

Sur le plan historique toujours, comment ne pas revenir en 2005, quand Rezistans ek Alternativ, un groupe de citoyens – en dehors du mainstream politique mais connecté aux réalités changeantes de notre nation – a commencé son combat juridique pour décommunaliser le jeu électoral local. La justice mauricienne a été saisie. Le Privy Council aussi. Mais il a fallu un ruling des Nations unies, en juillet 2012, pour que le gouvernement réagisse, pour qu’on fasse, enfin, ce toilettage obligé de notre Constitution, comme un compromis face à un destin forcé. Tous ces efforts dépensés pour déboucher sur une solution temporaire, provisoire, interlocutoire, transitoire ? Car il nous faut maintenant attendre la fameuse «fully fledged» réforme électorale, qui elle-même dépend d’une alliance Ptr-MMM afin de se matérialiser.

L’amendement constitutionnel, outre ses aspects historique et juridique, est présenté dans un contexte politique particulier, sur toile de fond d’alliance entre deux partis dont les leaders sont en fin de carrière, ou presque. Le ‘body language’ hier entre Ramgoolam et Bérenger était flagrant. Ils ont défendu bec et ongles le projet de loi du comité Faugoo. Et les autres n’avaient qu’à bien se tenir. Bérenger a fait référence à sir Gaëtan Duval pour ridiculiser le projet de référendum – qui sera coûteux et long – de son fils Xavier, isolé aujourd’hui dans une opposition avec un MSM tout aussi petit que le PMSD.

Le leader du MMM s’est aussi chargé d’acculer Pravind Jugnauth en volant au secours de l’Electoral Supervisory Commission et du Premier ministre sur le mode de calcul (la formule mathématique de Sithanen qui se base sur les résultats de neuf élections depuis 1976) des prochains Best Losers.

La messe a été dite hier : le Ptr et le MMM vont s’entendre et s’unir pour que le pays puisse enfin avoir une réforme électorale. Une vraie, pas la solution interlocutoire. L’objectif de cette alliance rougemauve est défini : un dernier 60-0 comme pour profiter une dernière fois de notre système électoral injuste. Ramgoolam a souri avec complicité quand Bérenger a ressorti son slogan “un pays phare, un modèle de démocratie”.

Cela fait effectivement sourire de constater qu’en 2014, au lieu d’écouter la rue, deux propriétaires de partis récupèrent un décret onusien pour s’inventer une fin de vie politique. Mais ce dont notre démocratie a vraiment besoin, ce n’est certainement pas d’une classe de politiciens qui profitent du système actuel et qui accouchent d’un amendement cosmétique. Ce dont nous avons besoin, c’est une loi sur le financement des partis politiques, sur les réseaux occultes qui ont pris notre pays en otage.

Qui financent nos politiciens ? Cette question est bien plus importante en termes de bonne gouvernance, de transparence, de lutte contre la corruption (comme celle qui a pourri le Champ-de-Mars) que de savoir, par exemple, si Michael Sik Yuen va, cette fois-ci, se déclarer membre de la communauté hindoue ou musulmane…

 
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