Le lion et le rat

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Ces dernières semaines ont été stupéfiantes à plus d’un titre. Mais ce n’est pas tout à fait nouveau non plus. Voir 1997 à titre illustratif…

Au-delà des questions de réforme électorale, d’alliance, de programme « merveille », et donc de la mise en commun des idées et des personnes des deux plus grands partis de l’île, ce qui nous importe aujourd’hui c’est d’analyser la convergence (ou pas) de deux cultures. Et ce qui est visible n’est pas nécessairement rassurant.

Commençons par le « on-off » où l’annonceur en chef est Bérenger. On peut supposer qu’il en fasse une question de transparence. Comme avec son alerte de cancer récemment. Ce n’est pas, de toute évidence, la culture de Ramgoolam, qui communique bien et on dirait même bien mieux, selon n’importe quel « spin doctor » que l’on pourrait consulter. Mais lui préfère ne pas dire grand-chose, soignant plutôt les phrases sibyllines et les anecdotes, y compris celles de tiers, comme celles de son père. Exemple typique, il y a quelques semaines, il aura fait « décoder » au pays ses fameuses références à des « béquilles » et à un « gâteau » à manger seul. Il occupe l’espace médiatique sans se mouiller tout à fait et sans se compromettre. Ce qui lui permet, en passant, de revenir sur son « message » le moment voulu, pour lui donner une autre tournure qui sied mieux aux circonstances, si entre-temps elles évoluent ! Bérenger est plus direct et, par là-même, souvent malhabile ou blessant. On dirait que son équaliseur (EQ) est faible. Ramgoolam est plus nuancé, plus indécis, spécialiste (comme son père) de ballons sondes, plus sujet, aussi, à être influencé par la dernière personne rencontrée, que Bérenger. L’un est lion, l’autre est rat. L’un impose donc des « deadlines » et l’autre les refuse.

Un des résultats, c’est que celui qui cause beaucoup (trop !) parait zigzaguer (on-off-on-off) alors que c’est peut-être l’autre qui fait la valse-hésitation (il reste, sincèrement, un seul problème dans la tête de l’un ; il reste plusieurs problèmes dans la tête de l’autre). Bérenger, qui fait des annonces en-veux-tu-en-voilà (y compris sur le grand « nettoyage »… chez son partenaire !) finira aussi par irriter et provoquer. Alors que Ramgoolam soignera la perception qu’on a de lui (« jamais je ne laisserai tomber ceux qui m’ont soutenu », même si Sithanen et Duval n’en sont plus convaincus), au risque d’irriter celui qui est particulièrement… irritable !

Alors, il reste quoi ? « L’alchimie ». Et on peut supposer qu’elle s’ancre sur deux points forts. Le premier étant que Ramgoolam et Bérenger semblent, culturellement, avoir bien d’autres choses en commun. La lecture ? Le bon vin ? Le sens de l’histoire ? Les voitures blindées ? Qu’en savons-nous ? Le PM nous aura prévenus : les journaux ne connaissent pas la vérité. Ce qui est commode à dire, même si un peu court quand on nous demande, électeurs que nous sommes, de considérer l’idée de leur donner une majorité de trois quarts au Parlement ! Le second étant qu’il y aurait une communauté d’idées et d’idéaux sur ce qu’ils doivent faire pour notre pays « phare » ou, encore, notre pays « modèle ». Bien ! Si l’alliance se fait, il y aura un programme – écrit, s’il vous plaît – de ce qu’il leur faut, au minimum, réaliser ensemble. Pour nous.

Cependant, au vu des styles, des postures, des langages différents que nous avons tous constatés chez l’un et l’autre, il est peut être important que l’on sache aussi ce qu’ils prévoient comme mécanisme de désamorçage et de paratonnerre pour que cela ne nous explose pas à la figure trois fois par semaine !

Qu’il y ait des prises de bec, des discussions, des heurts à l’intérieur, ce sera normal. C’est même prévisible, comme dans chaque mariage. Mais il faudrait idéalement que Bérenger réfléchisse encore plus et cause beaucoup moins. Qu’il réalise que si la transparence est positive, la nudité peut nuire. Ramgoolam, quant à lui, ferait bien d’être plus décisif, moins soupçonneux, de moins s’occuper de la « galerie ». Pour faire l’histoire, il faut une certaine élévation, du recul, et ne pas tremper, matin, midi et soir dans l’anecdotique, la conspiration, le théâtral ou la rumeur.

On ne pourra pas diriger ce pays par Alan et Shaffick interposés, tout de même !

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