La démocratie mauricienne racontée à mon fils

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Dis maman, qu’est-ce que tu penses de notre démocratie ?

Oh, tu veux dire notre semblant de démocratie… Car, vois-tu mon fils, n’importe quel adulte te récitera la leçon connue : la démocratie est le régime politique dans lequel le peuple est souverain.

Abraham Lincoln disait que la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. En clair, il faut que tu comprennes que, dans un pays dit démocratique, tous les citoyens ont le droit de participer aux décisions qui touchent à leur pays. Or, dans notre beau pays qui est aussi le tien et que tu aimes de tout ton petit coeur – je n’ai qu’à voir avec quelle ferveur tu aimes ta chanson fétiche A nu batir nasion morisien –, il n’en est rien de tout ça ! Le peuple, c’est-à-dire nous, n’avons aucun pouvoir. Et le pire, c’est qu’on nous insulte mon enfant. On nous fait croire que nous avons notre mot à dire, que nous avons le droit de participer à la vie démocratique de Maurice, que nos élus nous représentent correctement à l’Assemblée nationale.

Ah, l’Assemblée nationale mon fi ls ! Tout l’édito de ce dimanche est écrit en écho à ta question lancée candidement sur la route de l’école vendredi matin, en passant devant le Parlement : «Maman, ici c’est quoi ?» Je sais que tu n’as rien compris à la réponse. Car déjà, quand je t’ai parlé de la période classique des vacances parlementaires de ton pays après t’avoir bien expliqué que c’est là qu’on discute des affaires du peuple, tu as juste retenu que les parlementaires ont plus de vacances que toi et tes petits camarades pendant l’année. Et quand j’ai rajouté que le Parlement est prorogé et que je t’ai dit que le capitaine et son équipe ont décidé, sous le premier prétexte venu, de faire une pause indéfinie alors que le bateau fonce sans direction, j’ai bien vu que tu étais un peu perdu, puis complètement quand tu m’as demandé si ce ne sont pas des pirates…

Pardonne-moi, mon enfant, ce n’est pas un jeu. La vérité, c’est que nos politiciens ont décidé de se payer des congés supplémentaires avec l’argent de papa, de maman, de tonton, de tatie, des voisins, bref de tous. Et sans vouloir nous rendre des comptes. Oui, je sais bien que tu te demandes pourquoi les petits sont punis quand ils font des bêtises et pourquoi la même règle ne s’applique pas aux grands. C’est là que nous revenons à ta première question. Dans un autre pays, démocratique, cela s’entend, le gouvernement a des comptes à rendre. Et l’opposition parlementaire, qui prétend à l’alternance politique, joue son rôle de contre-pouvoir et veille à ce que toutes les voies démocratiques soient respectées.

À Maurice, c’est différent mon ange. Ce sont les citoyens, hormis la presse, qui questionnent le gouvernement. Car, dans notre pays, aussi surréaliste que cela puisse paraître, l’opposition officielle, à travers son leader, joue plutôt au porte-parole du gouvernement. Et les deux chefs, ensemble, font croire qu’ils discutent de nous, en prenant le prétexte d’une réforme électorale. Mais au fond, ils font tout un dessin animé pour satisfaire leurs intérêts, les deux étant au crépuscule de leur vie politique, et s’accrochent (dernier mandat ?) au pouvoir. Et tu sais ce qui les intéresse ? L’un dit qu’il veut manger le gâteau seul et l’autre, tu sais, celui qui adore enfoncer des morceaux de gâteau dans la bouche de son partenaire du jour, ben lui, il réclame sa part aussi.

On en est à cette tristesse mon fils : à regarder deux hommes décider de notre destin, parler de notre pays, du patrimoine commun des Mauriciens, comme d’un gros gâteau… Allez, va jouer, c’est tellement plus marrant. Oui, tu peux t’amuser à jouer au pirate…

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