Désespoirs électoraux

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Alors que nous attendons que le comité Faugoo accouche de son rapport prêt-à-porter, qui taillera notre système électoral aux goûts et couleurs de Messieurs Ramgoolam et Bérenger, quelques récentes actualités internationales, relatives entre autres aux élections et au sort des leaders, nous permettent de sortir du cadre insulaire et de relativiser.

D’abord sur la notion de démocratie elle-même et ses variantes tributaires des contextes culturels et socio-économiques. Même si les experts en sciences politiques ne tombent jamais d’accord sur tous les critères définissant et mesurant la démocratie, il y en a au moins huit qui s’avèrent incontournables : 1) le droit de vote, 2) le droit d’être élu, 3) le droit des chefs de parti politique de faire campagne, 4) le droit à des élections libres et transparentes (l’Inde, dans ce registre, vient d’administrer une belle leçon au monde avec ses 800 millions d’électeurs), 5) la liberté de se regrouper, 6) la liberté de s’exprimer, 7) l’accès aux sources plurielles d’information (soit des journaux, des radios et des télévisions privés pour contrebalancer la propagande gouvernementale), 8) des institutions de l’État qui travaillent dans la transparence, en toute indépendance, insoumises au régime en place.

Ces critères, étudiés pour comparer le degré de démocratie sur une échelle internationale, méritent que l’on s’y attarde si l’on veut réellement aller de l’avant, comme nation et pays, et non pas comme un peuple de suiveurs dépourvus d’esprit critique et friands d’auto flagellation. Car il est encore temps de freiner nos dirigeants du gouvernement et de l’opposition afin de nous protéger contre leur conception du progrès électoral, voire constitutionnel.

Il nous faut rester lucides afin d’éviter de perdre quelques acquis démocratiques. Ainsi, si nous sommes aujourd’hui, avec la prorogation du Parlement, au bord du gouffre, il ne faut surtout pas faire aveuglément ce “grand pas en avant”, comme nous l’incitent à le faire Ramgoolam et Bérenger.

Souvent, en désespoir de cause électorale, des dirigeants creusent leur propre trou. À côté de chez nous, au Malawi, la seconde femme élue démocratiquement chef d’État en Afrique, Joyce Banda, est passée du rang de star internationale à celui de dictatrice honnie par son peuple. En se pavanant aux côtés de la Libérienne Ellen Sirleaf Johnson (la première femme chef d’État en Afrique ; celle-ci n’a pas respecté son engagement de tenir un seul mandat) dans les conférences internationales afin de célébrer le succès de femme (qui est en soi une belle avancée), elle a négligé son électorat local. Et les affairistes proches d’elle ont eu les coudées franches pour bouffer le gâteau national. La corruption s’est généralisée, et le niveau de développement a chuté. Alors qu’elle s’est sentie en danger électoralement, Banda a commencé à utiliser les fonds publics pour financer sa campagne personnelle. Mais le peuple n’a pas été dupe. Et, malgré les tentatives de bloquer le processus électoral, la gifle aura été cinglante pour la dame de fer malawite.

Un peu plus loin, Jacob Zuma, pour son 2e mandat entamé le 24 mai, ne fait pas mieux en termes de progrès social. Malgré le colossal héritage politique que lui a légué Nelson Mandela, il mène l’ANC à sa perte, alors que les tensions sociales se propagent et que le chômage augmente. À cause de sa faiblesse électorale et des alliances nécessaires pour se maintenir au pouvoir, Zuma n’a pu réduire le nombre de ses ministres malgré les défis économiques qui se posent. Incapable de montrer le cap, ses orientations politiques et économiques sont coupées des réalités quotidiennes.

Chez nous, c’est une autre histoire. Car le changement tarde à venir et le public est blasé. S’ils s’avèrent incapables de rallier les 3⁄4 du Parlement pour faire voter le projet de loi de la réforme électorale, les chefs des «deux plus grands partis» (dixit Ramgoolam) devraient affronter l’électorat d’ici à une année. Entre-temps, ils doivent tomber d’accord sur la difficile répartition des tickets entre eux et leur nomenklatura. Ceux qui ont jusqu’ici bénéficié du système vont sans doute se bousculer aux portillons rouges et mauves ; il leur faut faire vite avant que les règles du jeu électoral ne changent. Mais, au fond, en quoi vont-elles vraiment changer notre bien commun et, partant, notre destin collectif?

 
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