Dancing King

Avec le soutien de

Bérenger aura beau se montrer irrité devant un Premier ministre qui «dans par isi, dans par la». Mais c’est ce même Bérenger qui permet à Ramgoolam de mener la danse à sa guise, de faire le choix des pas et de trouver le rythme qui plaît au roi. Ainsi, le leader de l’opposition ressemble de plus en plus à un épouvantail qui bouge dans la direction où les ficelles de Ramgoolam sont tirées.

Son changement de ton entre mercredi et jeudi derniers illustre parfaitement le grand pouvoir du Premier ministre sur un Bérenger qui exécute docilement les mouvements du spectacle au gré de l’humeur de l’autre. Ce faisant, le leader mauve démontre à quel point il est devenu l’otage du leader du PTr. Quand le PM décide d’amerde son monde en affirmant «donn mwa gato la, les mo manz li tou sel.. (..) Je n’aime pas les béquilles», le leader de l’opposition fait le jeu du PM et réagit exactement comme prévu, quitte à ressembler à ces flammes qui dansent dans la cheminée.

Le leader mauve fait alors savoir, rouge de colère, qu’il convoque un Bureau politique spécial pour réclamer le rappel de l’Assemblée nationale, parler réforme électorale, etc. Or, 24 heures plus tard, à l’issue du BP, changement total. Un angélique koz koze est passé par là. Et Bérenger se remet à rêver à la danse du tango avec son partenaire qui, lui, à la manière d’un pervers narcissique, peut d’un claquement de doigts jouer sur ses nerfs. Cette fois, il a eu l’assurance que l’allusion faite aux béquilles ne le concernait pas, mais qu’elle était plutôt adressée au PMSD et au MSM. Happy, il est redevenu.

Mieux, Ramgoolam produisit un tel effet que le leader de l’opposition n’oppose désormais plus de résistance face au Premier ministre qui insiste pour que la réforme électorale ait lieu après les élections : «C’est honorable comme attitude…» Certes, après tous ces zigzags de ces dernières semaines (comment oublier la menace de questionner le PM sur sa Rolls-Royce et le bénéfice du doute à la prorogation annoncée ensuite ?), plus rien n’étonne. Ou plutôt, si.

S’il y a un étonnement à avoir, c’est la facilité avec laquelle le Premier ministre sort gagnant d’un exercice de danse qui s’annonçait périlleux il y a quelques mois, quand englué dans des scandales, Ramgoolam tournoyait sur une corde qui avait une chance de se casser face au remake. Devant le danger, le PM a sorti une première carte, celle de la réforme électorale, pour recentrer le jeu. Quand le joker deuxième République fut brandi, il avait déjà gagné la partie en retrouvant le rôle qu’il ambitionnait : être à nouveau le maître en faisant danser les autres leaders à ses pieds. L’épisode «Le PMSD n’est pas au courant de beaucoup de choses, il réécrit l’histoire», dont le but était clairement d’humilier son partenaire du jour, fait aussi partie de la stratégie «Je suis le chef. Le pouvoir, c’est moi.»

Du coup, tous les leaders traditionnels sont en attente, nerveusement impatients de savoir qui fera partie de la future troupe du Dancing King. Le PMSD s’agrippe, montrant clairement qu’il n’en est pas à une première couleuvre avalée de la part de Ramgoolam et qu’il ne partira pas de lui-même. Au MMM, l’on s’impatiente et prie pour que le jour de la dissolution du Parlement arrive enfin et que le PM respecte sa parole en donnant aux Mauves une bonne part du gâteau. Quant au MSM, même s’il ne sait plus sur quel pied danser, l’on se souviendra qu’en 2010, il n’était pas dans le casting mais il arracha, étonnamment, 18 tickets au PTr.

Aujourd’hui donc, Ramgoolam peut se vanter d’avoir retrouvé sa place de meneur de danse. Les objectifs sont atteints : le remake est out, le MMM ne criera pas au scandale si la réforme électorale ne passe pas, le MSM et le PMSD lui facilitent la vie en se montrant contre la réforme. «Pas de majorité de trois-quarts», dira-t-il bientôt pour se justifier. Bref, celui qui n’aime pas les coalitions à cause des concessions, peut sereinement choisir qui sont ceux qui danseront (ou pas) bientôt à ses côtés…

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires