Diriger pour manger

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Ce que la population semble avoir principalement retenu de la déclaration du Premier ministre de mercredi soir, c’est qu’il n’aime pas les béquilles. On peut le comprendre : les béquilles suggèrent un être amoindri ou, au moins, affaibli, qui doit faire des concessions en s’appuyant sur un tiers. On n’a pas toujours le choix, cependant ! Quand on veut mettre un maximum de chances de son côté pour gagner des élections, par exemple, c’est parfaitement prévisible, voire compréhensible que l’on s’appuie sur des béquilles… C’est ainsi que les cinq sous du MSM (5%) auront valu les 18 tickets de 2005 (30%) ou même les 30/30 du Remake (50%) ! Dans le passé, il y a même eu des moments stupéfiants où les grenouilles se faisaient plus grosses que les boeufs et les béquilles ressemblaient plutôt à des échafaudages. De Sun Trust par exemple.

On doit aussi s’appuyer sur des béquilles quand on veut rester au pouvoir (avec le PMSD en ce moment) ou quand on souhaite « marquer l’histoire » de son pays, parce que le vote de trois quarts au Parlement requis pour modifier la Constitution demande aussi de faire des compromis et des concessions. Mais il est alors de bonne convenance de ne plus parler de « béquille » mais de « partenaire ». Il paraît (voir la radieuse photo de Bérenger vendredi) que Navin Ramgoolam a rassuré Paul Bérenger là-dessus. Attendons voir…

Mais il y avait autre chose ce soir-là de peut-être bien plus grave !

Il est bien connu qu’un peuple cherche souvent le « la » chez ses dirigeants. Quand Obama scandait prophétiquement « Yes, we can ! », il donnait la force et l’espoir à ses concitoyens de se prendre en main et de s’investir dans leur progrès et leur affranchissement. Quand Poutine envahit la Crimée au motif qu’il s’y trouve (au-delà d’un intérêt géopolitique indéniable) une forte minorité russophile, il invite inévitablement toutes les minorités russes de la planète à se projeter dans la même logique ! Voyez le résultat, même s’il est clair aujourd’hui que Donetsk l’intéresse moins que Sébastopol. Quelqu’un me racontait récemment que, quand nos leaders politiques tutoient leurs adversaires en les menaçant de sévices divers, que ce soit sur une caisse à savon ou à la radio, cela colore inévitablement les conversations « anba la boutik » en conséquence ! Parfois, ça finit même par saigner !

La phrase « donn mwa gato la net, ler la mo manz li tou sel » est au premier degré une supplique : Pour ne pas faire de concession à un « partenaire » ou à une « béquille », donnez-moi, leader des seuls travaillistes, la majorité de trois quarts ! Navin Ramgoolam a déjà demandé ce type de mandat, mais, malgré sa grande popularité, il ne l’a jamais obtenu seul. Parce qu’en démocratie, toute la population ne pense pas qu’il n’a que des qualités sous sa cape « ramgoolamienne ». En fait, la seule fois où il était à la tête d’un gouvernement commandant trois quarts des sièges au Parlement fut en 1995, en alliance avec son « meilleur ennemi », le MMM. Mais selon les critères ci-dessus (que le dirigeant national se nomme Obama, Poutine, Modi ou Ramgoolam), cette phrase est vraiment malheureuse, parce qu’elle suggère, au mieux, au deuxième degré, que le pouvoir n’est pas un sacerdoce, un devoir, une croisade pour l’avancée du peuple, mais un repas ! Avec les seuls siens, si possible ! Ce qui est d’autant plus dévastateur ces jours-ci que la réalité des scandales presque journaliers y ressemble tellement… Parfois, c’est même à s’y méprendre !

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