Un script commun pour Ramgoolam et Bérenger

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C’est un scénario bien ficelé, avec deux têtes d’affiche bien rodées et un public abasourdi qui, faute de mieux, suit ce feuilleton burlesque comme des millions suivent des séries américaines, ou le championnat d’une ligue de football britannique. On connaît tous la fin, mais on se laisse duper. Sans doute, pour tromper l’ennui et tuer le temps. Alors on aime bien commenter ces rebondissements et autres sautes d’humeur que les deux jouent – avec un certain talent, il faut l’avouer.

Nonobstant la lutte de Rezistans ek Alternativ, du Blok 104, le «pronouncement» des Nations unies et la pression de la Cour suprême pour l’élimination de la déclaration communautaire des candidats aux élections, Ramgoolam et Bérenger s’approprient le beau rôle de cette «semaine historique», pour reprendre la Une d’Advance.

Les deux veulent, peut-être, nous faire croire que la réforme électorale s’avère une lutte aussi ardue que l’aura été, par exemple, l’accession de Maurice à l’indépendance, selon les manuels d’histoire et autres journalistes complaisants.

Et donc le travail en amont de cette réforme de notre système électoral serait tellement complexe que le Parlement ne peut même pas siéger. Le Premier ministre et le leader de l’opposition trouvent cela tout à fait normal car deux parlementaires – en l’occurrence Satish Faugoo et Alan Ganoo – sur 68 (soit moins de 3 %) sont pris quelques heures dans un comité. De quoi rendre perplexe sir Victor Glover !

Pourtant, si on regarde bien dans le jeu des deux chefs politiciens, tout devient limpide et simple. C’est réglé comme du papier à musique. Le script, rédigé depuis plusieurs mois par Ramgoolam et Bérenger, pour réformer le système électoral - à leur avantage - avait un objectif bien précis : proposer un seuil de représentativité proportionnelle de 10 % pour se débarrasser du PMSD et du MSM. C’est exactement ce qui se passe actuellement, d’où l’éclatement programmé du Remake, qui sera probablement suivi de celui de l’alliance PTr-PMSD. Acculés par ce seuil trop haut pour leur servir de perchoir, les bleus ont maladroitement poussé le bouchon trop loin et Ramgoolam en a profité pour leur rabattre le caquet. Sauf qu’en utilisant un bazooka (ce seuil de 10 %) pour tuer les minus qui les agacent, ils anéantissent aussi tous les autres petits partis qui peuvent apporter d’autres perspectives au débat national. C’est une victoire pour eux, et un recul pour la démocratie.

L’histoire des réussites économiques de Maurice a plusieurs pères (alors que les échecs restent orphelins). Et c’est toujours le fils le plus fort qui réécrit l’histoire à la faveur de son patronyme.

Féru d’histoire et de la place qu’il y laissera, le leader du MMM est conscient qu’il leur faut une majorité de troisquarts pour faire aboutir cette réforme électorale (ce qui risque d’être compliqué si le PMSD et quelques travaillistes pur-sucre refusent de suivre la partition du tandem Ramgoolam-Bérenger). Alors il sermonne son ex-partenaire de l’opposition parlementaire : «Logiquement les neuf députés MSM doivent voter pour, sinon le MSM devra assumer ses responsabilités devant l’histoire.»

L’histoire se complique car Ramgoolam et Bérenger sont tous les deux pouvoiristes. Et, au crépuscule de leur carrière, chacun doit faire quelques concessions.

***

Et quant à ceux qui regardent l’histoire, c’est-à-dire tout le reste d’entre nous, il est temps de s’avouer que le spectacle désolant qui s’offre à nous relève de notre faute. Nous sommes peuplés d’indécrottables romantiques, qui suivent impassibles un feuilleton national où les acteurs se roulent dans la boue et nous roulent dans la farine. On va se plaindre du manque de renouvellement, mais lors du prochain scrutin on votera encore une fois pour ceux qui salissent notre démocratie en nous disant qu’ils vont cette fois-ci la nettoyer !

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