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Londres et ses Rolls-Royce

1 mai 2014, 01:01

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Londres et ses Rolls-Royce

Il arbore une montre Rolex, roule apparemment en Aston Martin à Maurice et en Rolls-Royce à Londres. Mais de grâce, ne lui posez pas de questions sur ces objets de grand luxe, il vous répondra avec sarcasme, en vous tutoyant bien évidemment : « To na pa fier pou to Premie minis ? » Mais ne voit-il pas que le titre de Premier ministre ne lui suffit plus.

 

C’est vrai : il a déjà donné beaucoup de son temps à Maurice et il en connaît tous les coins et recoins, tous les acteurs et actrices. Devenir président, c’est bien mieux pour la scène internationale (il pense peut-être à Obama et à Sarkozy avec lesquels il a été souvent photographié). Et puis, surtout, la presse internationale ne risquera plus de le confondre avec Kailash Purryag.

 

Ce qui est bien avec Ramgoolam, c’est qu’il ne pousse pas subitement le bouchon trop loin; il connaît ses limites et le degré d’acceptation des Mauriciens qui est élastique. Et puis on aurait pu connaître pire. Ailleurs, certains vont jusqu’à se proclamer empereurs et quand cela n’est pas possible, ils se font proclamer maréchaux. Remarquons qu’ici nous sommes un des rares pays au monde à ne pas posséder d’armée. C’est un peu normal car les ennemis du pays sont à l’intérieur même du territoire.

 

Notre Premier ministre aime qu’on le flatte, qu’on l’encense et qu’on le louange. Pour cela, il verse sans cesse ses grâces sur les thuriféraires : tickets pour les élections (législatives, municipales, villageoises), nomination au poste de ministre, lopins de terre octroyés à bail, contrats d’exclusivité, projet d’alliance préélectorale au chef de l’opposition afin de le museler (les photos de la Rolls ont été publiées alors que Ramgoolam courtisait Bérenger ou vice-versa), vacances imprévues pour les parlementaires, création de postes pour superconseillers qui sont allergiques aux urnes.

 

Dans son pays, les avenues principales des villes, l’aéroport, une école de médecine, quelques collèges et centres de formation, les bourses de l’Etat, entre autres, portent le nom de son père, dont la sublime statue, en plein coeur de la capitale, n’a rien à envier à celle de Mahé de Labourdonnais. Le fils à papa possède tout cela, mais cela ne lui suffit pas ; il veut encore plus. Mais il ne veut pas être comptable de son agir devant personne (« rant dan Parlman avan, nou ava gete »). Pour entrer au Parlement, il détient les cartes en main (profil des circonscriptions, système électoral, bande d’agents sur le terrain, etc.) et n’entend pas les redistribuer.

 

Ramgoolam a une vision déformée de la réalité. Ce n’est pas tellement de sa faute, c’est l’oeuvre des thuriféraires, c’est-à-dire de tous ces gens qui cherchent à trouver grâce à ses yeux. Il faut cependant dire qu’il laisse faire... justement parce qu’il y trouve du plaisir. Quand il répondait au journaliste qui l’interrogeait sur sa Rolls, quelqu’un à côté de lui a soufflé : « Zalou! » Ramgoolam a souri. Il a été réconforté. Il peut toiser n’importe qui du regard. Il est vaccine par ses fl atteurs contre la jalousie, mais pas contre la flatterie…

 

***

 

Dans le premier classement jamais réalisé par Forbes sur les milliardaires africains, publié en novembre 2011, on note que ces derniers sont des autodidactes (12 sur 16) dont la moyenne d’âge est de 61 ans. C’est un pourcentage de « self-made men » plus élevé qu’en Europe, où la reproduction du capital par le biais de l’héritage y est plus forte. Une autodidactie qui ne signifie pas nécessairement que le capitaliste africain s’est construit tout seul, mais qui souligne un sens de l’opportunisme certain dans l’art de saisir les bonnes occasions.

 

L’étude révèle aussi que la durée moyenne requise pour accéder au rang de milliardaire est d’environ trente ans. Le temps de poser les fondations d’un modèle efficace et de capitaliser ensuite sur la durée.

 

En 2000, on recensait au moins 470 milliardaires dans le monde, dont trois seulement qui résidaient en Afrique. En 2012, la planète entière en compterait 1226, 16 d’entre eux vivant désormais en Afrique. Fait notable : la seule ville de Londres comptabilise ainsi plus de milliardaires (41) que l’ensemble du continent (16). Il en va de même, cela va sans dire, pour le nombre de Rolls-Royce…