Meetings déguisés

Avec le soutien de

La régionale de Rivière-du-Rempart, l’assemblée des délégués mauves à Belle-Rose et une association socioculturelle à Moka ont servi de substituts aux trois leaders - ou propriétaires - de partis pour leur nonmeeting respectif du 1er Mai. Derrière un micro, les trois ont bel et bien tenu leur meeting – car tout y était : le ton et la teneur des discours, la série d’orateurs pour chauffer l’audience avant le leader, des partisans importés pour faire du nombre, la presse, etc. Aucun des trois n’a pu garder ce silence promis et faire profil bas ! S’il est facile d’annuler un meeting, de gaspiller des milliers d’affiches (ce qui n’est pas bien grave puisque les comptes des partis politiques ne sont pas audités et les donateurs vont demeurer discrets de toute façon), il s’avère difficile pour un leader de parti de se mettre en touche, la boucler et laisser le champ libre aux autres. Ni Ramgoolam, ni Bérenger, encore moins sir Anerood, ne peuvent se le permettre dans le présent contexte.

Dans son fief du n° 7, une bonne foule, composée de beaucoup de curieux, attendait Anerood Jugnauth. Beaucoup voulaient voir de quoi il était capable à 84 ans. Mais après avoir écouté l’octogénaire vociférer ses blagues salaces sur les Ramgoolam (Navin et Veena), sous le regard amusé de Sarojini, puis décocher quelques flèches revanchardes vers Bérenger – avant de chuchoter qu’il l’excusait -, ils étaient nombreux à vider les lieux avant la fin de son discours. Sans doute parce qu’à force d’écouter la même chose, cela finit par devenir lassant. Sir Anerood a fait durer le suspense en amont, ce qui lui a valu sa petite foule de Rivière-du-Rempart, mais on est vite tombé dans le sempiternel : « si mo pa ti la en 1983… »

Quant à Bérenger et Ramgoolam, leur façon de concentrer, le lendemain, leurs tirs sur les Jugnauth, les placent tous les deux dans une position d’accouplement presque naturel. Ils pourront dire ce qu’ils veulent, mais ils se sont suffisamment dénudés tous les deux devant nos yeux dégoûtés, pour qu’ils puissent se refaire, en une semaine, une virginité, voire retrouver une certaine crédibilité aux yeux de leur électorat abasourdi.

Valeur du jour, au-delà de la réforme constitutionnelle – puisque de réforme électorale, il n’y en aura guère avant le scrutin de 2015 ! -, tout peut désormais arriver n’importe quand entre les trois partis. Ils savent qu’une alliance entre deux est souhaitable alors ils se surveillent de près. Chacun écoute la déclaration de l’autre avant de faire la sienne. Si un projet d’alliance échoue (comme le récent raccommodage maladroit entre MMM et PTr), ce n’est qu’alors qu’ils envisageront une alliance avec le public. Le ‘three corner fight’, qui serait une bonne chose démocratiquement parlant, est leur 2e choix. Leur premier serait d’être au pouvoir, peu importe avec qui ils doivent se marier. De toute façon, ils ont tous déjà été en lune de miel avec l’un ou l’autre partenaire. Il ne leur reste plus, pour dormir tranquille maintenant, qu’à faire un grand ménage à trois. Reste juste à créer un troisième poste entre la présidence et celui de Premier ministre.

***

Pour qui voter alors ? Notons que malgré le combat – fort louable - qu’il mène depuis des années pour décommunaliser notre système politique et réformer notre système électoral, le groupe de Rezistans ek Alternativ n’a pas pu réunir grand monde ce 1er Mai et ce, en dépit de ses milliers de ‘followers’ virtuels, du ‘chômage’ technique des autres et des artistes présents en grand nombre. Ce qui nous rappelle ce mouvement mort-né d’il y a quelques années qui n’a jamais pu réunir ses 10 000 supporters dans les rues de la capitale. Si tout le monde devient blasé, c’est Monsieur Malin qui finira par l’emporter. Sur les réseaux sociaux, déjà, il est loin devant…

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