Mythes du déficit commercial

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Aucun concept n’est à l’origine d’autant de malentendus et de confusion que le déficit commercial, soit la situation d’un pays qui importe plus qu’il n’exporte. Les Mauriciens succombent à cette vieille idée mercantiliste selon laquelle les pays gagnent en exportant et perdent en important. C’est que les coûts du commerce international, tels que les pertes d’emplois, sont concentrés et visibles, tandis que les avantages, bien plus importants, sont dispersés et peu remarqués. Qu’un produit coûte moins cher parce qu’aucun tarif n’est appliqué aux matières premières avec lesquelles il est fabriqué, ou que le travail soit moins rémunéré si celles-ci sont taxées, ce sont des faits qui ne sortent pas souvent de la bouche des politiciens, ni de la plume des journalistes.

Plusieurs mythes entourent le déficit commercial. Pour les dissiper, il faut d’abord comprendre la différence technique entre un déficit du commerce de marchandises et un déficit du compte courant où sont inscrites les exportations et importations de biens et services. Les économistes, par pédagogie, utilisent le terme «déficit commercial» dans les deux cas. Comme Maurice souffre des deux déficits à la fois depuis 2004, on peut les prendre pour synonymes.

Puis, en tant que système de comptabilité qui enregistre toutes les transactions économiques avec l’étranger, la balance des paiements d’un pays est constituée du compte courant et du compte capital, lequel inclut toutes les activités d’investissement, à savoir les achats et les ventes d’actifs (dont les biens immobiliers) qui sont réalisés. Ces deux comptes sont construits pour s’équilibrer en permanence : une transaction sur l’un implique une transaction qui la compense exactement sur l’autre. En d’autres mots, les déficits du compte courant sont égaux aux excédents du compte capital, et inversement : si Maurice connaît cette année un déficit (excédent) de compte courant de X milliards de roupies avec le reste du monde, le pays montre un excédent (déficit) de compte capital compensateur de X milliards de roupies. Ainsi, la somme des valeurs monétaires des deux comptes est toujours égale à zéro : le commerce est toujours équilibré.

La combinaison de la connotation négative du mot «déficit» et de la méconnaissance généralisée du fait que chaque déficit commercial est compensé par un excédent du compte capital, entretient le mythe que les déficits commerciaux sont la preuve de problèmes économiques. Or un déficit du compte courant peut être le résultat d’un excédent du compte capital en raison d’un afflux d’investissements étrangers, de l’attrait des opportunités d’investissement dans l’île. Un pays que les investisseurs trouvent attractif attirera des capitaux en provenance du monde entier et, par conséquent, affichera des déficits commerciaux : la balance commerciale d’un pays dépend principalement de son attractivité aux investisseurs étrangers.

Un deuxième mythe est que les déficits commerciaux diminuent l’emploi. Une politique commerciale n’affecte à long terme que les types d’emplois qui prévalent, et non le nombre total d’emplois du pays. Le libre-échange crée des emplois dans les industries où le pays a un avantage comparatif, et il en détruit dans celles où le pays est désavantagé (le protectionnisme a l’effet inverse). Des emplois sont créés dans l’économie nationale lorsque ses exportations croissent et que les étrangers y investissent et apportent du savoir-faire.

Si l’on doit mettre un bémol ici, c’est que le gros des investissements directs étrangers à Maurice vont dans l’immobilier. Mais il faut se demander pourquoi c’est ce secteur qui est très attrayant aux étrangers. Pour qu’ils viennent investir dans une autre activité quelconque, il faut que celle-ci ait «a business case», qu’ils soient convaincus de sa rentabilisation.

Un troisième mythe est que les déficits commerciaux traduisent un manque d’épargne domestique. C’est vrai d’un point de vue comptable, mais c’est une erreur de supposer que si les Mauriciens augmentaient leur épargne, cela réduirait le déficit. Un étranger n’investit pas dans un pays parce que ses citoyens n’épargnent pas assez. Un investissement est souvent déclenché par le flair ou la créativité des étrangers.

Un dernier mythe est que les déficits commerciaux accroissent l’endettement du pays. Or un emprunt extérieur privé n’est qu’un des quatre moyens par lesquels se produit un investissement étranger, les trois autres étant des actions, des avoirs en espèces et des achats immobiliers. Un tel investissement peut creuser le déficit commercial, mais aucun résident ne s’est endetté davantage.

Il est vrai qu’un déficit commercial peut être le symptôme de dépenses irresponsables et extravagantes dues à une préférence excessive pour le présent. Si le gouvernement et les individus empruntent pour les financer, le déficit grimpera, et il faudra être plus productif pour rembourser ses dettes. Mais ce déficit n’est pas causé par le commerce.

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