Le prix en tant qu’information

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Information, communication et prix sont les maîtres-mots de l’actualité du moment, dominée par l’affaire de la SAFE Landing Station et par l’inflation galopante qui troue le panier des ménages. Si la première permet aux profanes de saisir l’importance de l’information et de sa communication dans la résolution d’un problème, la seconde fait ressortir leur manque de compréhension à l’égard de la fonction réelle des prix. Celle-ci est de moins en moins assurée au fur et à mesure que les prix sont contrôlés, car c’est ignorer que le système des prix agit comme un mécanisme de communication de l’information. 

Ce n’est pas parce qu’on connaît beaucoup de choses qu’on a suffisamment de connaissances. La connaissance n’est pas donnée – au sens où elle est donnée à un seul esprit qui pourrait résoudre un problème posé –, mais elle doit être créée, et ce processus de création entre dans la collecte et le traitement de l’information. 

On a toutefois un paradoxe classique que Jean-François Revel analysait dans «La Connaissance inutile» (1988) : jamais les décideurs n’ont disposé de tant d’informations, mais elles ne fécondent guère la décision publique, comme si, en ce lieu déserté par la connaissance, la désinformation avait tout loisir de prospérer. L’enjeu, c’est de mettre l’information pertinente à la disposition du décideur. 

Rien n’est plus essentiel pour l’acteur économique. Le premier économiste à mettre l’information au coeur de l’économie, à la place des facteurs travail et capital de l’école néo-classique, c’est Friedrich Hayek dans son fameux article de 1945, «The use of Knowledge in Society». Il souligne que la division du travail, chère à Adam Smith, s’harmonise avec la division du savoir : la spécialisation signifie nécessairement que chacun d’entre nous connaît des choses que d’autres ne savent pas. 

À l’ère de l’internet, on assiste à une montée en puissance de la connaissance technologique. En fait, chacun possède différents types de connaissance dans des combinaisons diverses. Il y a, en premier lieu, le savoir scientifique, explicite, appris en classe. Or l’éducation formelle joue un rôle secondaire dans le développement de l’entrepreneuriat, où le succès est déterminé par des facteurs autres que les qualifications académiques. Les filles peuvent avoir de meilleurs résultats scolaires que les garçons, mais peu deviennent des entrepreneuses. 

L’expérience pratique de l’entrepreneur, en deuxième lieu, fait partie des connaissances spécifiques que Hayek appelle «the localized knowledge of time and place». C’est une information locale que l’homme de terrain obtient dans ses interactions avec les gens sur le marché. C’est une information unique qui donne à cet agent un avantage sur tous les autres, et dont la société ne peut faire un usage bénéfique que si elle le laisse en décider. 

Il existe, en troisième lieu, ce que le philosophe Michael Polanyi (1966) appelle «tacit knowledge», une connaissance par laquelle on peut faire une chose sans pouvoir la transmettre en mots aux autres : «We can know more than we can tell.» Un mécanicien, par exemple, peut connaître ce qui ne fonctionne pas avec une voiture, mais ne peut pas l’expliquer en écrit. C’est une compétence incarnée dans un savoir implicite. 

La question est de trouver comment faire émerger toutes ces connaissances individuelles pour favoriser le progrès général. Si un individu seul (le planificateur central) ou un groupe d’individus possédait toutes les informations utiles, s’il a une connaissance complète des moyens disponibles, s’il disposait d’un système de préférences établi de la société entière, alors il n’y aurait pas de problème économique. Mais la connaissance ou l’information n’est donnée à personne dans sa totalité, elle est dispersée dans des esprits singuliers. De surcroît, les informations, étant de circonstances particulières de temps et de lieu, changent continuellement sur un marché dynamique. 

De là vient le problème de la politique économique : il n’est pas seulement un problème d’allocation de ressources, mais il est aussi un problème de la meilleure utilisation possible de l’information. Il faut donc un mécanisme décentralisateur à travers lequel les informations sont communiquées aux producteurs, tels les besoins et les goûts des consommateurs, et l’intensité avec laquelle ils désirent les produits. Ce ne peut qu’être un système des prix compétitifs. 

Toutes les informations sont concentrées dans les prix à condition qu’ils fluctuent librement sur un marché concurrentiel. En indiquant la rareté relative des produits, les prix fonctionnent comme un système de télécommunication. Dans un monde où l’information est éclatée parmi une foultitude de gens, les prix sont un instrument de coordination des actions individuelles. Et si les agrégats statistiques, tel le taux d’inflation, sont plus stables que les mouvements de détail, il demeure que le prix n’est pas une statistique : c’est un concentré d’informations.

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