L’intelligence économique

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Au coeur de l’affaire de «survey technique» ou de «sniffing» se trouvent trois facteurs qui sont la source de la puissance des nations : l’information, la connaissance et la technologie. Une donnée («data») transformée en information et en connaissance devient intelligence. Elle peut être utilisée, dans le cas qui préoccupe toute la population, pour les besoins de sécurité nationale ou de positionnement géopolitique. Mais les entreprises aussi sont à l’affût de données pour les constituer en intelligence économique, ce terme étant la dénomination française de «competitive intelligence». 

Même si elle est peu présente dans la littérature économique, l’intelligence est une variable qui conduit à la prospérité. En économie, l’intelligence est considérée comme une externalité positive, car beaucoup bénéficient de la perspicacité des gens intelligents. C’est pour cela qu’on insiste sur la méritocratie afin de créer de meilleures institutions, favorables à la croissance économique, au lieu de nommer des vauriens sur la base de leur affiliation politique ou ethnique. 

On définit ici l’intelligence d’un individu comme sa capacité à acquérir, analyser et évaluer des informations et des connaissances nouvelles, à partir desquelles il développe des stratégies efficaces pour s’adapter à son environnement et pour agir de façon rationnelle. Il est évident que celui qui fait appel à l’émotion ne tombe pas dans ce registre, mais se qualifie comme politicien. L’intelligence est un outil essentiel pour comprendre les complexités de la vie dans une ère intellectuellement exigeante. 

En particulier, l’intelligence économique cherche à éclairer une action, une décision, par une compréhension fine des marchés et de l’environnement des affaires. Polymorphe, elle jette un regard multidimensionnel sur le monde pour mieux le maîtriser. Elle réhabilite le long terme, donne du sens à la stratégie, établit des modes de coopération, redéfinit les cultures d’entreprise, revoit les méthodes d’organisation et permet d’économiser des coûts pour finalement s’imposer comme un levier de compétitivité. 

Répondant à un besoin d’appréhender l’économie dans un autre langage que celui, réducteur, de la modélisation, l’intelligence économique consiste à déchiffrer des indices et des signes, à écouter, à interpréter. C’est un comportement cognitif qu’on peut rattacher à l’intelligence rusée (personnifiée par Mètis dans la mythologie grecque archaïque), longtemps occultée par la pensée trop rationnelle du scientisme. C’est un mode du savoir qui combine la sagacité, le flair, la vigilance (toutes ces qualités mentales qu’enseigne Austrian Economics for Business) pour ruser avec les vents des aléas et de l’instabilité qui nous frappent en pleine figure, et pour épouser la nature de ce monde (les réalités fugaces, mouvantes et déconcertantes de l’économie). 

Face aux guerres économiques qui se ravivent, une veille de l’intelligence économique est primordiale. Il s’agit de comparer et de décrypter les avancées réalisées dans d’autres pays, de surveiller l’évolution de leurs politiques publiques, d’identifier les tendances et les changements susceptibles d’affecter les stratégies nationales, et d’établir une vision commune sur les enjeux de société. Cette approche d’étalonnage concurrentiel nous invite à sortir de nos cécités pour adopter la transversalité et la transdisciplinarité. 

Pour un petit pays en développement tel que Maurice, une démarche d’intelligence économique est rendue nécessaire, d’abord par le manque de ressources (naturelles et humaines) et de moyens (fort endettement public et privé), ensuite par l’indigence des relations entre l’administration publique, le monde de l’entreprise et l’université, et enfin par la situation de relation du faible au fort. Ici, la bataille économique entre Maurice et les grands pays est asymétrique, si bien que le rattrapage doit passer par l’intelligence économique comme force de frappe coopérative. 

Le développement d’un pays repose non seulement sur le dynamisme de ses activités de production, mais aussi sur la qualité de ses réseaux d’information et sur l’utilisation judicieuse des connaissances et des compétences. Une économie insulaire qui ne détient ni des réseaux d’information denses, ni d’une industrie du savoir, peut surmonter ce handicap par une politique d’intelligence qui puise ses ressources dans le capital culturel du pays. 

Ainsi, Maurice gagnera à exploiter son potentiel culturel et à mobiliser l’histoire comme un actif pour redynamiser son économie. En tant que puissant levier de la croissance économique, la culture peut contribuer à la mise en pratique des techniques d’intelligence économique. Le vecteur culturel peut aider à conjuguer les trois C du concept japonais de «coopétition» : coopération, compétition et crise. Ne disposant pas du bâton de la puissance militaire («hard power»), nous pouvons avoir la carotte de l’influence («soft power») avec de l’intelligence.

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