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Troisième augmentation du prix de l’essence depuis février ! Ce qui fait que le prix de l’essence, qui était de Rs 50,70 le 28 décembre dernier, a aujourd’hui atteint Rs 74,10/litre, une augmentation de 46 % en à peine cinq mois.

Si cela ressemble à un coup de massue, ça l’est assurément ! Et si le prix du baril sur le marché mondial (merci aussi M. Poutine !) est largement à blâmer (*), le gouvernement ne peut pas se dédouaner totalement de l’affaire, car il est quand même directement bénéficiaire des taxes (TVA, Custom et excise duties) qui frappent le prix de l’essence à son arrivée dans le pays – dont la TVA qui augmente automatiquement quand le prix CIF (coût, assurance et fret) augmente. Ainsi, si le gouvernement encaissait Rs 29,17 de taxes et de contributions diverses/litre fin décembre, elle engrange désormais Rs 31,57 par litre depuis le 19 mai. Mais plus que tout, le prix CIF en dollars de l’essence et du diesel est aujourd’hui environ 20 % plus cher en roupies qu’il y a deux ans puisque la devise nationale a été dévaluée d’autant sur cette période…

En effet, quand dans son dernier communiqué, la State Trading Corporation (STC) nous annonce que le prix CIF du litre d’essence est de Rs 39,4197 et celui du diesel de Rs 40,8857, ces prix auraient été moins chers d’environ Rs 7,10 et Rs 7,35 respectivement avec une roupie valant 18 % mieux face au dollar, comme il y a deux ans. Or, la dévaluation de la roupie n’est pas un facteur exogène mais bien une politique délibérée et il y a bien des responsables, même s’ils se font très, très discrets sur la question !

Pire ! Si l’on se réfère à la parité Rs/$ de janvier 2015 plutôt, quand débutait le présent régime, c.-à-d. Rs 32,26 pour un dollar, ce sont Rs 13,56 et Rs 14,06 en moins que nous aurions dû payer notre prix CIF de l’essence et du diesel. Ce n’est définitivement pas du pipi de chat !

À mon humble avis, la théorie selon laquelle la dernière augmentation du prix de l’essence créerait la marge de manœuvre nécessaire au gouvernement pour annoncer, lors du Budget prochain, une baisse du prix, est une fumisterie. Cela a peut-être été évoqué par quelqu’un, mais le Stabilisation Fund de la STC est déficitaire, le plafonnement des augmentations permises étant établi à 10 % maximum fait que la STC subventionnerait toujours quotidiennement (**) et le gouvernement, invité à réduire ses ponctions diverses se montant à Rs 31,57 par litre d’essence, ne peut absolument pas le faire, sauf au prix de déficits additionnels et donc d’endettement supplémentaire ! D’autant que l’on vient de nous annoncer deux rallonges sur le Budget voté, d’abord une rallonge de Rs 1,2 milliard, suivie d’encore Rs 9,5 milliards. Ce qui sent définitivement le brûlé car, comme expliqué par Rama Sithanen l’an dernier (***) la promesse de réductions des dépenses budgétaires est bien plus difficile à réaliser qu’on ne le pense…!

Parmi les augmentations à venir les plus évidentes, il y a bien sûr le prix de l’électricité, une demande d’augmentation ayant déjà été faite au gouvernement. Cependant, la décision traîne politiquement puisque le CEB, contrairement à la STC, avait quelques réserves à son bilan, malgré les Rs 3.5 milliards ‘cash’ kidnappés l’an dernier au profit du budget central ! (STC : Rs 2,4 milliards). L’on ne sait combien de temps les autorités vont attendre, mais même si la stagflation (NdlR, contraction de «stagnation» et d’«inflation», la stagflation désigne la cohabitation, durant plusieurs trimestres, d’une croissance très faible ou au point mort et d’une inflation forte) va éventuellement aider les prix vers la baisse, cela pourrait prendre plus de temps dont ne dispose le CEB…

Il y a de cela deux dimanches, nous faisions ici même le point global que, dans une économie de marché qui fonctionne, la montée des prix, parfois même opportuniste, finit par être défaite par une demande en baisse et/ou une offre stimulée positivement. Ça ne marche malheureusement pas à tous les coups. À écouter Ranjiv Servansingh de la STC, par exemple, il n’y aurait aucune réduction de la consommation d’essence face à la montée des prix. Cette absence d’élasticité de la demande locale peut nous coûter cher.

On aurait pensé que ce manque d’élasticité concernerait, de manière plus plausible, l’alimentation de base et à ce niveau, les dernières nouvelles sont plutôt inquiétantes, le secrétaire général des Nations unies prévenant, le 18 mai, du «spectre de la famine» à plus ou moins court terme si l’on ne peut rapidement retrouver la production agricole ukrainienne et avoir libre accès aux céréales russes ainsi qu’à leurs fertilisants.

Les chiffres sont effrayants. Le prix du blé a augmenté de 53 % depuis janvier et par 6 % de plus le 17 mai dans le sillage de la décision de l’Inde (2e producteur mondial) de suspendre ses exportations à la suite des vagues de chaleur qui affectent sa production. La Chine, le plus grand producteur de blé du monde, produisant trois fois plus que les États-Unis, pourrait connaître une très mauvaise récolte. Le déficit de pluie va réduire la production aux États-Unis (4e mondial) et en France (6e ). L’Ukraine a 23 millions de tonnes de céréales encore intactes dans ses silos, mais ne peut les exporter, le port d’Odessa étant miné et sous blocus de la marine russe. Une tentative européenne d’extraire ces stocks par route ou par rail ne pourra, au mieux, qu’en bouger 15-20 %. Si les silos restent remplis, où va-t-on, d’ailleurs, mettre la récolte de cette année-ci, qui va débuter fin juin/début juillet ?

Cette catastrophe qui s’annonce peut évidemment être résolue avec la paix rapide en Ukraine. Ce qui ne relève malheureusement pas du probable, les Russes pensant évidemment qu’ils ont intérêt à affaiblir l’Ukraine économiquement, d’autant plus que militairement, cela se passe moins que royalement pour eux. Par ailleurs, aux Nations unies, ils n’hésitent pas à blâmer les États-Unis d’avoir provoqué leur intervention en Ukraine et de prolonger artificiellement la guerre en soutenant cette dernière ! M. Poutine n’étant pas du genre à reconnaître ses torts ou à perdre la face, on ne sortira pas de l’auberge de sitôt… sauf sans pain. Et pendant ce temps, la menace planera, comme toujours, sur les pays les plus pauvres qui pourraient ne plus pouvoir s’acheter de quoi nourrir leurs populations, les citoyens les plus démunis parmi eux étant forcément les plus exposés aux risques de la famine. La situation la plus dégradée actuelle se trouve autour de la corne de l’Afrique : Somalie, nord du Kenya, Éthiopie, Yémen. Les céréales russo-ukrainiennes représentaient 50 % des achats du Liban et de la Tunisie et 2/3 de ceux de l’Egypte et de la Lybie.

La pandémie de Covid-19, le choc des prix de l’énergie, avaient déjà sérieusement perturbé la chaîne globale de l’alimentation. Les claques récentes du changement climatique vont aggraver le capharnaüm et la menace.

Et si la seule solution était de changer nos habitudes ? De rouler moins en voiture. De manger plus sain… et moins, ce qui éviterait les risques d’obésité (****). De faire plus d’exercice. D’accélérer le mouvement vers l’énergie verte et renouvelable De réduire la consommation de viande, 13 % de la nourriture bovine provenant des grains. De diminuer le taux de conversion des céréales en bio fuel, 10 % de la production globale finissant dans des moteurs divers.

Seulement voilà, comme M. Poutine, nous dirons que ce sont les autres qui ont tort et nous ne voudrons en rien changer nos vieilles habitudes et ce que nous croyons être nos ‘droits acquis’. L’enfer c’est toujours les autres, n’est-ce pas ?

(*) Si la guerre de l’Ukraine a corsé le prix du baril, il faut quand même noter que le prix augmentait déjà de 65.57$ le baril le 1er décembre dernier a 92.80$ au 24 février 2022, date de l’invasion. (**) Pourtant, le prix du baril sur le marché mondial augmente de 44% entre le 31/12/21 et le 19/05/22, alors que le prix CIF affiché par la STC augmente lui par 54% entre ces dates. Pourquoi ? (***) https://www.lexpress.mu/node/395233 (****) L’OMS estime à 1.9 milliards les humains en surpoids ou obèses et a 462 millions, ceux qui sont à moins de 90% de leur poids ‘attendu’.

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