Vers un nouveau salariat

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Bien avant l’arrivée de la pandémie, des mégatendances se dessinaient avec le vieillissement démographique et les bouleversements technologiques susceptibles de transformer les marchés du travail. Maintenant, Maurice n’y échappe pas : le Covid-19 nous pousse à repenser la nature du travail et celle de l’entreprise dans le monde d’après. Suivant l’atomisation de l’économie par l’Internet, qui fluidifie la circulation de l’information au sein des entreprises, le travail ne disparaîtra pas, mais il mutera, de concert avec le salariat. 

La fonction économique de l’entreprise remonte à Adam Smith (1776). Décrivant les firmes comme des manufactures, il expliqua qu’elles étaient plus efficaces que les travailleurs individuels pour produire, car elles peuvent avoir une division du travail plus intense que celle via la coordination par le marché (l’échange ou le contrat). La firme est ainsi vue comme une création séparée du processus marchand. 

Deux prix Nobel d’économie ont repris cette ligne de partage. Ronald Coase (1937) postule que la raison de créer une entreprise, c’est de diminuer les coûts de transaction qui sont trop élevés. Acquérir autrement des compétences sur un marché est coûteux parce qu’il faut nouer des contrats. L’entreprise, elle, repose sur des relations de subordination : elle achète les services d’un salarié une fois pour toutes, et non au coup par coup. 

Dans le même esprit, Oliver Williamson (1979) cite deux facteurs pour lesquels l’entreprise est préférable au marché. Primo, il est impossible aux agents économiques, qui sont dotés d’une rationalité limitée, de tout prévoir et de tout contractualiser. Secundo, ils sont opportunistes en ce sens qu’ils favorisent leurs intérêts propres. 

En vérité, il n’y a pas de rupture radicale entre entreprise et marché, car une firme est un faisceau de contrats, comme l’est un marché, en l’occurrence avec les salariés, les fournisseurs, les acheteurs et les prêteurs. Ces contrats constitutifs sont coordonnés entre eux par le truchement de l’entrepreneur. 

Le salariat aide à définir, dans un seul contrat, un lien de subordination, un type de travail, un lieu de travail et un temps de travail. Mais désormais, le salariat sera transformé par le télétravail, bien que la déconnexion entre le travail et le bureau ne soit pas généralisée. Même pour ceux qui travaillent de manière hybride, le temps, le lieu et le type de travail changeront. Un relâchement de ces notions rendra les salariés partiellement autonomes. 

La nature contractuelle de l’entreprise prendra de l’ascendant dans le monde d’après, dicté par le progrès technologique. Celui-ci restructure déjà les marchés du travail avec l’automatisation – les robots nettoient les sols, les agents conversationnels intelligents font du service à la clientèle – et avec les plateformes digitales (traitement de données, livraison à domicile, service de taxi à la demande). Grâce aux technologies numériques, l’entreprise devient une part intégrante du processus du marché, d’autant que l’Internet réduit les coûts d’information et de transaction. Du commerce électronique à l’économie du travail à la tâche, les consommateurs recourent de plus en plus à l’Internet pour se connecter aux biens et services depuis leur domicile. 

La mutation technologique facilite l’adoption du travail indépendant, qui apporte une autonomie totale. Les travailleurs non salariés vont s’accroître dans le monde d’après, encouragés par l’efficience et la facilité d’utilisation des plateformes du type Uber. Celles des mises en relation, telle Airbnb, permettent une horizontalisation des échanges, c’est-à-dire que des particuliers peuvent effectuer des transactions sans passer par un intermédiaire. 

La généralisation du salariat est relativement récente, il fut étendu au XIXe siècle dans le sillage de la révolution industrielle. Comme les gens ne souhaitaient pas être payés à la pièce, le salaire fut inventé par les capitalistes afin de les inciter à quitter leur village pour aller travailler dans les usines. Dans une économie agricole, le salariat était rarement sous une forme collective : la plupart des travailleurs étaient des auto-entrepreneurs vendant le produit de leur travail. On peut donc voir en l’ubérisation de l’économie un retour au passé, à la différence qu’elle est portée par le numérique, comme la nuée par l’orage. 

Le recours à des travailleurs indépendants, et non à des salariés, peut améliorer la qualité de la production de biens et services, du fait qu’il y a concurrence entre les travailleurs. Un individu doit pouvoir à la fois travailler comme salarié à temps partiel et utiliser une partie de son temps en tant que travailleur indépendant. Pour cela, la liberté contractuelle doit primer sur le droit du travail, étant garantie par une législation qui permet aux contrats de travail d’être déterminés librement par les contractants. Les modalités contractuelles du travail doivent évoluer sans jeter aux orties le salariat.

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