L’économie sociale de marché

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L’année 2022 sera décisive pour Maurice qui, oscillant entre conservatisme et sursaut, devra avoir un tigre dans le moteur de son histoire. Le Covid a mis en relief les leviers de la reconstruction d’une économie : un État capable de réagir vite, la force de l’industrie et des services, l’investissement dans les nouvelles technologies, et la cohésion sociale. Le coronavirus a consacré cette prémisse marxiste que l’économie et la société sont indissociables. S’il y a une infrastructure à bâtir en marge de la sortie de l’épidémie, c’est un pont entre l’optimum de l’économie de marché et le mieux-être de la société. Il faut alors revoir le rôle de l’État et poser les jalons d’un nouveau partenariat entre le pouvoir public et les entreprises privées, d’un contrat social confectionnant un édredon de la croissance soutenue et inclusive.

Défini par la concurrence, la liberté des prix et la propriété privée des moyens de production, le capitalisme apparaît au citoyen lambda comme un bloc monolithique. En fait, le capitalisme réel, tel qu’il est vécu dans divers pays, n’apporte pas par lui seul une réponse unique aux grandes questions de la société. Le capitalisme est multiple, complexe comme la vie. Ce n’est pas une idéologie, mais une pratique, après le féodalisme et l’esclavagisme.

De par le poids de son État-providence – il constitue presque la moitié des dépenses publiques – et l’étendue de la collaboration publique-privée, on peut dire que Maurice a épousé une version spécifique du capitalisme, proche de l’économie sociale de marché, la Socialmarktwirtschaft chère aux Allemands. Celle-ci est fondée sur la Weltanschauung (vision du monde) des économistes libéraux et antinazis de l’école de Fribourg, dont Wilhelm Röpke est la figure emblématique. Ils défendent la nécessité d’un réglage (non pas d’une régulation) institutionnel de l’économie de marché où l’État remplit la fonction de garant de l’ordre économique et social, d’où le label «ordolibéralisme».

Röpke (1958) parle d’un «libéralisme constructif» offrant «un tiers chemin» entre laissez-faire et interventionnisme. Il faut aller «au-delà de l’offre et de la demande», c’est-à-dire renoncer à un économisme qui ne respecte pas les «conditions non économiques de l’économie de libre marché». Détrompez-vous, il ne s’agit pas de dépasser, encore moins de répudier, le marché, mais de le réintégrer dans un lien social. L’économie sociale de marché se caractérise par deux principes de base : le dynamisme de l’économie ne peut être assuré que par le libre fonctionnement du marché, mais celui-ci doit être balancé par une exigence sociale posée a priori par l’État.

Quelles seraient les composantes d’une approche ordolibérale de l’action publique à Maurice ? Premièrement, l’État n’a le droit d’intervenir dans la vie économique que pour favoriser l’égalisation des conditions de la concurrence. Toutes les distorsions de concurrence (ententes et abus de position dominante) doivent être éliminées, ce qui encouragera l’innovation. Les petites et moyennes entreprises peuvent être aidées, par des conditions de crédit et de fiscalité avantageuses, contre les excès de pouvoir des grandes firmes. Ces dernières ne doivent pas non plus subir une trop forte pression fiscale qui renchérit le coût du travail. Enfin, la banque centrale doit appliquer des politiques macroprudentielles qui luttent contre les déséquilibres financiers causés par un monceau de dettes et par les bulles de prix des actifs.

Deuxièmement, l’État doit internaliser les externalités négatives. Ainsi des inégalités qu’il corrigera par une politique de redistribution des acquêts de la croissance, le salaire minimum national étant une réalité. Ainsi du dérèglement climatique qu’il atténuera en utilisant un mécanisme de marché (un prix suffisamment élevé du dioxyde de carbone), et non par l’étouffoir réglementaire (une batterie de normes). Et ainsi des licenciements qu’il traitera par un système de bonus-malus plutôt que par l’autorisation administrative de licencier.

Troisièmement, l’État financera en partie les innovations de rupture en augmentant les aides à la recherche-développement qui partent de propositions d’entreprises. Aussi, un dialogue social actif dans l’entreprise est essentiel pour qu’elle fasse de bons arbitrages sur l’emploi, les salaires et les investissements. Et puis, le dispositif de formation professionnelle dans chaque bassin d’emploi doit s’adapter rapidement aux besoins des entreprises. La HRDC ne va pas dans ce sens en permettant aux PME «to use their unutilised contribution of training levy to finance external business advisory services».

En mettant en œuvre les politiques ordolibérales de l’économie sociale de marché, Ludwig Erhard, ministre des Finances, puis chancelier, a façonné le miracle économique allemand d’après-guerre. Tiens, on n’entend plus le mot miracle chez nous. Néanmoins, ce ne serait pas si miraculeux de concilier le social et le marché.

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