Après la crise sanitaire

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Quelque étrangeté qu’il y ait à titrer ainsi, la situation sanitaire dans le monde est porteuse de motifs d’espoir. Certes, les prochaines semaines verront une prolifération de contaminations par le variant Omicron, mais les scientifiques s’accordent à dire, statistiques à l’appui, que ce dernier est moins virulent que son prédécesseur, Delta, lui-même moins violent que son devancier, Alpha. Même si la pandémie est loin d’être finie, on peut faire sienne cette déclaration du président français Emmanuel Macron que «2022, peut-être, sera l’année de sortie de l’épidémie».

Évitons de pécher par optimisme : Omicron pourrait générer des variants plus dangereux, selon l’Organisation mondiale de la santé. Mais gardons-nous aussi de sombrer dans la dramatisation : Omicron a un effet pathogène plus limité et une létalité moindre. Une chose est sûre : le virus ne disparaîtra pas. Il deviendra aussi endémique qu’un gros rhume, avec le risque que certains en meurent, comme d’autres décèdent d’une grippe sévère. D’ici à décembre, nous aurons appris à vivre avec.

Bientôt affaibli, le coronavirus continuera-t-il à avoir bon dos ? Pendant deux ans, gouvernements et banques centrales s’en sont servis comme une excuse pour arroser leur économie de liquidités : des aides publiques en veux-tu en voilà, financées par de la monnaie créée à partir de rien, et des baisses agressives du taux d’intérêt. Maintenant le retour de l’inflation va signer la fin de l’argent facile. La Fed l’a compris, se préparant à entamer en mars un cycle de resserrement monétaire qui pourrait durer des années.

Une normalisation sanitaire doit s’accompagner d’une normalisation des politiques fiscales et monétaires. Il n’y a aucune raison pour que Maurice ne suive pas cette voie. Les principaux secteurs économiques ont repris du poil de la bête en 2021 : croissance à deux chiffres du textile (13,7 %), de la manufacture non-alimentaire et non-textile (16,5 %) et de la construction (25,0 %), croissance supérieure au taux national du Global Business (6,3 %), des entreprises orientées vers l’exportation (8,2 %) et des produits de la mer (9,2 %), et croissance plus élevée qu’en 2020 des services financiers (4,2 %) et des technologies de l’information et de la communication (6,5 %). En termes de dépenses, l’investissement, la consommation et l’exportation se sont redressés, en particulier l’investissement privé qui a progressé de 13,6 %, gagnant 1,6 point de PIB en une année.

Contrairement aux deux dernières années, le tourisme va croître en 2022. On peut s’attendre à plus de 500 000 touristes, plus que le nombre combiné de 2020 et 2021. Car cette fois-ci, nos frontières seront ouvertes pendant toute l’année, et un confinement national n’est pas envisageable. Et avec l’exclusion de Maurice de la liste noire de l’Union européenne, une croissance économique de plus de 5,0 % est de mise, mieux qu’en 2021 (4,8 %).

Si l’économie réelle a fait sa mue, en revanche l’économie monétaire demeure immature avec une banque centrale qui cultive le déni, l’autosatisfaction et le statu quo. Ainsi, l’inflation peut entraver la dynamique de la croissance en minant l’investissement et la consommation privés. Alors que l’inflation en glissement annuel est à 6,8 % en décembre, la Banque de Maurice maintient une politique inflationniste via la dépréciation monétaire. Pour redevenir crédible, elle doit mieux défendre la roupie, sinon s’inspirer des pays émergents où le taux directeur est supérieur au taux d’inflation.

On blâme les pénuries de production, mais elles sont les symptômes de problèmes plus graves tels que l’excès de dépenses publiques, l’expansion monétaire ou la faiblesse de la productivité. Une dette encourue pour prévenir un effondrement de l’économie est différente d’une dette engagée pour financer un programme public démesuré. La justification d’une politique monétaire laxiste est douteuse dans la mesure où elle enrichit les quelques privilégiés qui possèdent de nombreux actifs, favorisant ainsi le capitalisme patrimonial.

La Banque de Maurice accroît son déficit de crédibilité en continuant de financer le Trésor public à travers la Mauritius Investment Corporation, après son «one-off exceptional contribution» de Rs 60 milliards. Aussi, le «Wage Assistance Scheme», dédié aux opérateurs touristiques, est étendu au secteur du transport. On qualifie ces mesures d’exceptionnelles, mais l’exception devient la règle. Moody’s appréciera.

Dès le premier jour ouvrable de l’année, une radio privée annonça, en première nouvelle, que «la politique reprend ses droits». C’est là tout le problème d’un pays en campagne électorale permanente. L’heure est plutôt à assumer le courage de la vérité économique, un des devoirs que doit remplir la politique. Avec une meilleure visibilité sanitaire, l’horizon économique va s’éclaircir pour Maurice. Mais avant d’espérer un retour à la normale de notre économie, les autorités devront s’atteler à une normalisation de leurs politiques.

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