Tout est permis… sauf aller en classe

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En mars dernier, Paul Randabel est dé- cédé. Une pluie d’hommages a déferlé sur cet enseignant de français et sportif qui faisait vibrer les intercollèges. Il a su donner le goût de la littérature et du sport à ces élèves du St-Esprit qui ont trouvé en lui un phare pour les éclairer. Plus récemment, ont disparu deux autres éducateurs avec une carrière d’un demi-siècle – Régis Yong, enseignant de langue et littérature anglaise en décembre ; et Carole Raynal, rectrice, prof de maths et de littérature anglaise, en août 2020. Des centaines de leurs anciens élèves leur ont rendu hommage, exprimant leur reconnaissance…

Quelle place pour les Randabel et tous ces enseignants mentors, qui pouvaient faire naître des vocations, changer des destins, aujourd’hui, à travers un écran ? Quelle place pour la littérature alors que la majorité des foyers ont des télés mais pas de livres ? Ce ne sont pas les parents, dont beaucoup sont analphabètes (peu importe les chiffres officiels, nous avons tous autour de nous quelqu’un qui ne sait ni lire, ni écrire) qui vont donner ce goût à leurs enfants et encore moins qui vont s’assurer que les leçons à la MBC sont bien suivies (et quelles leçons ? Apprendre à se forger une pensée n’en fait pas partie). Quant aux parents un peu plus lettrés, ils sont souvent tellement pris par le travail qu’ils ne peuvent suivre les multiples Zoom.

Bien sûr, comme le dit David White ci-dessus, il n’y a pas qu’à l’école que l’on apprend. Mais les seules sorties sont souvent les centres commerciaux. Ils sont restés dans leur milieu. Même s’ils ont vu autre chose que leur environnement habituel, via Internet, n’oublions pas que les algorithmes conditionnent ce que l’on regarde, que l’on tourne en vase clos... (et pour s’instruire, faut-il encore savoir quoi chercher). À quoi ces enfants sont-ils élevés si ce n’est qu’à consommer ?

Avec l’école en ligne, y aurait-il eu mai 75 ? Des réflexions entre étudiants, des mouvements de groupe ? Y aurait-il eu des tribuns, façon (old) School (celle qu’on a démolie, par exemple) pour émerger, inspirer ? Comment devenir un exemple pour ses pairs derrière un écran ? Devenir le dernier influenceur, Youtubeur, Facebookeur, qui déballe ses opinions et son marketing au milieu de la lie des commentaires tous plus méchants et plus bas les uns que les autres ? Bien sûr qu’il ne faut pas rester figé dans le schéma prof, tableau et craie et que nous avons de nouveaux outils numériques à utiliser. Mais ce sont des outils, pas des pédagogues.

L’insularité de Maurice, de surcroît fermé pendant presque deux ans, rend difficile la comparaison aux autres. À tous ces enfants d’autres pays où l’on compte envoyer les nôtres étudier, qui ont continué l’école et dont le niveau à âge égal risque fort d’être supérieur. Les résultats de SC / HSC étaient bons l’an passé. Très bien. Ces enfants avaient déjà des acquis. Ceux qui doivent aujourd’hui assimiler les bases, comment font-ils ? Ils décrochent. Le père Mongelard le dit, ils ne suivent pas les cours. Ils tombent dans le business de la drogue. L’ascension sociale devient plus difficile. Mais cela arrange les puissants.

Les enseignants de la fonction publique n’ont eu de cesse de demander qu’on ferme les écoles… Facile quand on continue à toucher son salaire avec une charge de travail bien moindre. Que ce soit l’Unicef, l’Unesco, l’OMS, tous ces organismes affirment que les écoles doivent être les dernières à fermer et les premières à ouvrir. Mais à Maurice on est plus «mari». On suit l’OMS quand cela nous arrange. Mais quand il faut céder à la peur de certains parents et au lobby des syndicats, quand cela s’annonce compliqué – parce que cela va l’être, des classes en présentiel avec de profs absents, des élèves positifs – le gouvernement choisit la facilité : on ferme.

La réouverture en présentiel aura des couacs, cela ne va pas être évident, il y aura des contaminations, des cas contacts, des tests… mais les enfants ne meurent pas du Covid. Ils sont malades une semaine, et puis ils reprennent du poil de la bête. Attendre de les vacciner pour rouvrir et faire plaisir à tous ceux que l’émotion domine est encore une idée saugrenue. Puisque la vaccination évite les formes graves mais n’empêche pas la transmission, pourquoi vouloir vacciner des enfants qui ne remplissent pas les hôpitaux et les salles de réanimation, si ce n’est pour rassurer par rapport à la psychose de la contamination ?

Les mesures anti-Covid ont tué la culture, toute possibilité de s’éveiller, toute liberté, et maintenant toute possibilité d’y réfléchir. C’est peut-être cela le but finalement. D’avoir une génération de moutons sans outils de réflexion pour bêler à chaque élection.

Les dégâts ne sont peut-être pas irréversibles à ce stade, mais le Covid est là pour durer, il y aura encore des variants. Si l’on continue dans la facilité et que l’on ne rouvre pas les établissements scolaires, on y sera encore en 2025. Entre-temps, que de temps perdu, que de gâchis.

D’autant que l’argument justifiant la suspension des classes en présentiel, «protéger les enfants», ne tient pas la route. Ils peuvent tout faire - avec les risques de contamination que cela comporte – shopping, se balader dans la rue, participer aux réunions familiales, prendre les transports en commun… tout sauf aller là où ils devraient être : à l’école. La logique a échoué…

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