L’inflation durable

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Lorsque l’inflation a atteint 6,2 % sur un an en octobre aux États-Unis, les plus sceptiques ont fini par tirer l’alarme. Le 11 novembre, John Authers de Bloomberg écrit que «the narrow issue of whether this inflation is in any meaningful sense “transitory” has now been settled. It isn’t.» À Maurice, les autorités monétaires sont restées de marbre devant un taux d’inflation de 6,5 %, enregistré en juillet. Si le comité de politique monétaire, qui se réunira le 15 décembre, continue de penser que l’inflation locale est «transient in nature», celle-ci deviendra durable, avec ou sans la pandémie de Covid-19. 

L’inflation en glissement annuel a reculé à 5,4 % en septembre, puis est remontée à 5,8 % en octobre. Elle est demeurée supérieure à 5,0 % pendant cinq mois consécutifs, du jamais vu depuis mars 2018. De plus, l’inflation sous-jacente, excluant les prix alimentaires, énergétiques et administrés, est tout aussi anormalement forte, caracolant au-dessus de 4,0 % depuis février dernier. 

À sa dernière réunion du 14 septembre, le Petroleum Pricing Committee a maintenu inchangés les prix du diesel et de l’essence, tout en indiquant qu’ils auraient dû augmenter de Rs 10,28 et de Rs 8,06 le litre respectivement. À l’époque, le cours du brut était en dessous de 75 dollars le baril, et le dollar s’échangeait à moins de Rs 43. Ensuite, le premier a dépassé les 80 dollars, et le second s’est d’autant plus apprécié que la Banque de Maurice a vendu des dollars à un taux d’intervention de Rs 42,97. 

Malgré l’impact du variant Omicron, une nouvelle hausse des prix des carburants surviendra tôt ou tard. C’est ce à quoi s’attend tout le monde. Dès lors, à en croire Milton Friedman, si l’inflation est «expected» par les producteurs et les consommateurs, elle causera peu de dégâts à l’économie, car les gens ajusteront leurs attitudes en conséquence. Le problème, selon lui, c’est l’inflation inattendue qui crée une mauvaise allocation de ressources.

Or, même des attentes stables ne peuvent réparer le tort causé par une politique monétaire laxiste. Elle favorise des anticipations autoréalisatrices : la seule crainte d’une hausse des prix suffit à modifier le comportement des ménages et des entreprises, à les pousser à consommer davantage en anticipation d’une progression des prix, ce qui renforce l’inflation et la rend durable. 

On appelle les «rassuristes» ceux qui croient plutôt que la poussée d’inflation actuelle est transitoire. Elle n’est liée qu’à des augmentations de prix des matières premières et du fret en raison de goulets d’étranglement (l’offre ne satisfait pas la demande), un déséquilibre qui va se résorber aussitôt que l’activité économique retrouve sa vitesse de croisière. 

Cette vue de l’inflation ne rassure pas parce qu’elle suppose que les hausses de salaire demeurent faibles, et qu’il n’y a pas de lien entre création monétaire et inflation – deux hypothèses qui ne sont pas fondées dans le contexte mauricien. Il y a d’abord l’effet PRB, soit un enchaînement inflationniste entre prix et salaires, et puis, le manque d’intérêt des particuliers à investir dans des titres financiers. Dans ce cas, quand la quantité de monnaie (demande) augmente plus vite que la quantité produite de biens et services (offre), les prix montent, car les gens ont plus d’argent à dépenser sur ces produits. 

Si l’inflation est essentiellement d’origine monétaire et salariale, elle est aussi alimentée par une accumulation de dette publique. La quantité de monnaie créée par la banque centrale va perdre mécaniquement de sa valeur et de son pouvoir d’achat, ce qui est la définition même de l’inflation. La hausse des prix à la consommation n’est pas «stricto sensu» l’inflation, mais a pour résultat l’inflation, c’est-à-dire la perte du pouvoir d’achat de la roupie.

Un autre facteur déterminant à une inflation structurelle, c’est le vieillissement de la population. D’une part, un plus grand nombre de retraités conduit à une baisse de l’épargne, puisqu’ils désépargnent pour consommer. D’autre part, lorsque la main-d’oeuvre vieillit, cela accroît le coût du travail. Maurice en souffre comme producteur, mais également en tant qu’importateur dans la mesure où ses fournisseurs subissent aussi ce phénomène démographique. Enfin, la montée du protectionnisme et les tensions géopolitiques, qui déstabilisent la chaîne de valeur, font grimper les prix à l’importation. 

Pour le pouvoir politique, la pire menace ne vient pas des épidémies, mais de l’inflation. À travers les siècles, des régimes sont tombés à cause d’émeutes populaires provoquées par une flambée des prix. Louis XVI aurait sauvé sa tête, n’était-ce l’envolée du prix du pain, qui fut un déclencheur décisif de la Révolution française. En Chine, le soulèvement de Tiananmen en 1989 suivit une période d’extrême inflation. À Maurice, il n’y a pas un troisième confinement national qui aurait mis le feu aux poudres, mais la politique monétaire risque d’être l’étincelle…

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