Décarboner la croissance

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Il faut vraiment voir l’avenir en noir, pas en vert, pour appeler à la décroissance quand l’économie mauricienne en a fait une amère expérience grandeur nature l’année dernière. Aucun Mauricien ne voudrait (re) vivre dans l’insécurité économique que prône l’écologie radicale. La croissance demeure l’horizon indépassable de notre économie, mais il convient de la décarboner, de réduire les émissions de dioxyde de carbone, dans la mesure du possible. 

Un signe de bonne volonté dans ce sens est la présence du Premier ministre et de son ministre de l’environnement à la 26ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. En fait, le gouvernement cherche à mobiliser des fonds climats, car Maurice est une victime du changement climatique, ne participant qu’à hauteur de 0,01 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les émissions de carbone par habitant étaient ici de 3,37 tonnes en 2019, contre 16,06 tonnes aux États Unis. Et l’énergie est utilisée plus efficacement dans la production, l’intensité énergétique du PIB (par Rs 100 000 aux prix de 2006) ayant diminué, de 0,49 tonne d’équivalent pétrole en 2013 à 0,40 tonne en 2019. 

D’ici à 2030, il est prévu d’améliorer de 10 % l’efficacité énergétique, de réduire de 40 % nos émissions de gaz à effet de serre, d’éliminer totalement l’utilisation du charbon et de couvrir 60 % de nos besoins énergétiques à partir des énergies renouvelables. Tels sont les engagements de Maurice auprès des contributions déterminées au niveau national, dont le financement est estimé à 6,5 milliards de dollars, équivalant à 60 % du PIB, soit le coût de découpler la croissance du carbone… 

Cette somme sera destinée à des mesures d’atténuation et d’adaptation aux problèmes climatiques. Il s’agit bien d’atténuer et de s’adapter, et non d’arrêter le changement climatique selon le voeu des catastrophistes qui croient cela possible parce que celui-ci serait causé principalement par l’homme. En vérité, disent les géologues, le changement climatique est un phénomène régulier (alternant réchauffement et refroidissement) aux causes multiples, dont les fluctuations du rayonnement solaire, l’angle de rotation de la Terre, la hausse de la chaleur dans le magma sous la surface terrestre, provoquant tremblements de terre, éruptions volcaniques et réchauffement des océans. 

Traiter le changement climatique comme un fléau anthropique permet de créer un coupable idéal, « notre système économique, basé sur la croissance et le profit », éructe un décroissant local, pour qui «si nous n’agissons pas, c’est la mort qui nous attend tous». Cette affirmation aux accents d’Armageddon, les psychiatres en conviendront, peut avoir un impact sur la santé mentale, engendrer un stress traumatique et accroître l’éco-anxiété chez les jeunes. 

Cette nouvelle foi millénariste, un siècle après que Nietzsche a annoncé la mort de Dieu, s’appuie encore sur un rapport de 1972 jeté à la poubelle, le «Halte à la croissance» du Club de Rome. Pourtant, son principal auteur, Dennis Meadows – à en croire le philosophe Luc Ferry dans son livre «Les sept écologies» – s’est converti en 2004 à la croissance durable en présentant son «Scénario 9» où il fit un vibrant plaidoyer en faveur des technologies «suffisamment rapides pour ramener l’empreinte écologique à un niveau soutenable», et non zéro. 

C’est précisément ce qu’essaient de faire les méchants capitalistes. Il existe plus d’affinités entre l’écologie et le marché qu’on pourrait le penser. Au XXème siècle, les pays les plus pollueurs étaient communistes, à savoir l’URSS, la Chine et l’Europe de l’Est, pour une raison simple : en l’absence de droits de propriété clairement définis, personne n’a intérêt à prendre soin de son environnement. Le libéralisme, lui, peut fonder une écologie pragmatique parce qu’il repose sur la propriété privée.

On doit, n’en déplaise aux TINA écologiques, explorer les alternatives de marché comme la neutralité technologique, une tarification du carbone par le biais d’une taxe ou d’un marché des droits à polluer, et la confiance dans l’innovation des entrepreneurs qui font des investissements verts. Cela n’exclut pas des aides étatiques ciblées, mais pas au prix d’alourdir la fiscalité. 

Alors que la limitation du réchauffement à 1,5 degré Celsius par rapport à l’ère préindustrielle reste hors de portée, il faut un débat ouvert à l’égard duquel nous devons garder un esprit tolérant, et non borné, pour mieux nous adapter aux risques des circonstances changeantes du phénomène climatique et saisir les opportunités qui en découlent. S’il est impératif d’avoir une stratégie nationale de bas carbone, aucun pays au monde ne peut rouler que sur l’énergie renouvelable. Maurice continuera à importer des carburants fossiles, à moins de découvrir des gisements de pétrole dans sa zone économique exclusive. La décarbonation de la croissance, soyons réalistes, c’est plus facile à dire qu’à faire…

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