Le mythe de Pandore

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Dans la mythologie grecque, Zeus, le roi des dieux, donne la vie à une sublime créature qui porte le nom de «Pandora» signifiant : celle qui a tous les dons. Pandore sera la séduction faite femme, la femme «qui veut toujours plus qu’assez», tant elle est insatiable sur tous les plans. Envoyée aux hommes par tous les dieux pour les punir, elle va soulever ce qu’on appellera la «boîte de Pandore» dans laquelle Zeus a mis tous les malheurs qui vont s’abattre sur l’humanité. Seule l’espérance restera au fond de ce récipient, mais pour les Grecs, l’espoir n’est pas un bien, car espérer, c’est demeurer dans le manque, c’est désirer ce qu’on n’a pas.

Que révèlent les «Pandora Papers», publiés par le Consortium international des journalistes d’investigation, si ce n’est que l’enquête ne contient rien de surprenant ? Ceci peut émouvoir le landerneau du journalisme, mais on sait déjà que certaines personnalités ont beaucoup de richesses, qu’elles les fructifient par des opérations qui n’ont rien de contestables en soi, qu’elles n’achètent pas des biens immobiliers directement mais via une société, et qu’elles font de l’optimisation fiscale (des stratégies permettant de réduire la base fiscale) à travers des schémas légaux.

On peut tomber dans l’indignation, d’ailleurs sélective, qui frise souvent le désir et l’envie de devenir aussi riche que les autres. Mais mettre tous les malheurs de ce bas monde sur le dos des gens très fortunés relève du mythe de Pandore. Dans l’esprit du citoyen lambda, un compte offshore est forcément illégal, sinon illégitime, et pourtant n’importe qui peut en avoir un. Les placements offshore impressionnent le public, mais qu’espère-t-on tirer de ces révélations choc, à part de nuire à la réputation des centres financiers offshore ?

Le problème est qu’on confond des choses qui sont de l’ordre des infractions (évasion ou fraude fiscale) avec ce qui est de la planification fiscale. Or l’on ne peut pas mélanger des affaires légales et d’autres illégales. Il ne fait pas de sens de mettre dans le même panier l’ingéniosité des fiscalistes et la tricherie des criminels en col blanc. En ne faisant pas la distinction entre ce qui est légal et ce qui ne l’est pas, on crée un buzz médiatique, voire politique, mais qui ne sera pas suivi d’effets au plan juridique.

Évidemment, les lois de chaque pays doivent être respectées. La vraie question est de savoir d’où vient l’argent mis dans les comptes offshore. Aujourd’hui, toutes les banques ont l’obligation de connaître le bénéficiaire ultime d’un compte bancaire, ce qui rend superflue la notion de compte opaque. Il est donc de plus en plus difficile de cacher de l’argent à l’étranger même s’il y aura toujours sur cette planète des fraudeurs tels que ceux qui utilisent des prête-noms. Reste que la présomption d’innocence doit être respectée, et que c’est à la justice de prononcer un verdict de culpabilité.

Ce n’est pas à cause de quelques pommes d’amour pourries que toutes les tomates sont immangeables. Depuis que Pandore et son amoureux fou, Epiméthée, le nigaud qui agit d’abord et réfléchit après, ont engendré les hommes, les dérèglements du cosmos se sont multipliés. Ceux-ci sont inévitables dans la mesure où ils forment le ressort de la vie même. Si les maux n’existaient pas, le cosmos serait figé pour l’éternité dans un ennui total.

Limiter la finance offshore ne réduira d’aucune manière les agissements illégaux. Les centres financiers offshore ne sont ni la source initiale ni l’ultime destination des flux financiers illégaux. Ils sont, au contraire, fortement engagés en faveur de l’état de droit, et plus respectueux de la loi que les juridictions onshore comme les États-Unis et le Royaume-Uni. C’est la cause de l’illégalité qu’il faut déraciner, et elle vient des dirigeants corrompus, des trafiquants de drogue et de ceux mêlés à des complots terroristes. Aussi longtemps que demeure ce monde interlope de l’engeance, des activités financières illégales auront lieu.

Celles-ci constituent la trame d’un récit utile à ceux qui militent contre les «paradis fiscaux», avec comme objectif de démanteler l’ordre financier libéral dont la libre circulation des capitaux est une composante essentielle. Habillés des oripeaux de cette campagne à caractère idéologique, les gouvernements qui sont avides de revenus, en dépit d’être des «enfers fiscaux», cherchent à éliminer la concurrence fiscale et à contraindre les mouvements de capitaux pour ramener ces derniers sous leur contrôle. Si cela arrivait, on ne jetterait pas le bébé avec l’eau du bain. On perdrait plutôt le bébé – soit le rôle central des centres offshore d’assurer la fluidité des capitaux – et garderait l’eau du bain de l’évasion fiscale, sans compter les emplois détruits dans le secteur offshore.

À cause de Pandore, nous sommes sortis de l’âge d’or. Dans le même ordre d’idées, le monde ne se porterait pas mieux si les «Pandora Papers» devaient nous faire sortir de la finance offshore.

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