L’État entrepreneur

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En 1926, John Maynard Keynes écrivait ceci : «The important thing for Government is not to do things which individuals are doing already, and to do them a little better or a little worse; but to do those things which at present are not done at all.»

Alors que Maurice compte déjà plusieurs importateurs de lait en poudre et d’huile de soja, le gouvernement, via la State Trading Corporation (STC), va importer et commercialiser ces deux denrées «on a pilot basis». L’État devient ainsi entrepreneur, non pas pour casser des monopoles, ces marchés étant concurrentiels, mais pour protéger le consommateur, comme si le contrôle de prix ne suffisait pas. Il aurait été mieux de distribuer aux familles démunies les Rs 500 millions de subvention sous forme de bons alimentaires, tout en laissant les commerçants se concurrencer mutuellement pour attirer la clientèle.

Lorsque la STC fut créée en 1982, il n’existait pas encore une autorité de la concurrence. L’objectif de la STC était de sécuriser l’approvisionnement de certains produits et de les rendre accessibles à la population. Mais aujourd’hui, le marché de la distribution est très ouvert, et il revient à la Competition Commission of Mauritius (CCM) de s’assurer du bon fonctionnement du jeu concurrentiel. Il ne fait plus sens qu’un organisme du secteur public se retrouve en compétition directe avec des entreprises commerciales.

Dans le rapport du Directeur de l’Audit, la STC est classée comme un «public sector body», et non une «stateowned company». Cela signifie que la STC n’est pas une organisation à but lucratif. Or c’est précisément parce que la STC n’est pas une société d’État ayant un objectif de profitabilité que son incursion dans le secteur commercial pose problème en termes de «fair competition». Ce serait injuste si ce que la CCM reproche à une firme privée était admissible pour une entité publique.

Supposons que le gouvernement donne une subvention à une entreprise particulière, mais pas à son concurrent direct. Clairement, c’est une discrimination qui fausse la concurrence. Que l’entreprise subventionnée soit privée ou publique ne change rien à l’injustice subie par son compétiteur.

Admettons que ce dernier domine le marché. Avoir la plus grande part du marché ne constitue pas un privilège si le marché est contestable, s’il n’y a pas de barrière d’entrée. Un producteur ou distributeur peut être en position de monopole parce qu’il produit à moindre coût, ou vend à meilleur prix, que tous les autres, et ce, au profit du consommateur.

Un marché est concurrentiel quand il accueille n’importe quel opérateur, privé ou public, sous réserve que personne n’est favorisé par l’État. Autrement dit, les conditions de la concurrence doivent être égales pour tous. Ce qui ne serait pas le cas si un soutien financier de l’État permettait à la STC, compte tenu des dépenses additionnelles d’empaquetage, de commercialisation et de distribution, de vendre à perte, en dessous du prix coûtant, causant ainsi des pertes d’emplois.

Des sociétés d’État se trouvent dans les secteurs de l’énergie, du transport et des télécommunications. Leur présence, comme le souligne la Banque mondiale dans son dernier rapport sur Maurice, «is not per se a detriment to competition as long as they operate on a level playing field». Elles ne sauraient être à la fois des quasi-régulateurs et des compétiteurs. Il faut plutôt «a level playing field with respect to state-owned enterprises that compete with private entities».

À la différence des sociétés d’État qui investissent leurs bénéfices, les organismes du secteur public sont tributaires des fonds publics pour entreprendre. Selon ce que soutient le professeur Mariana Mazzucato dans son livre «The Entrepreneurial State» (2013), les dépenses publiques sont le principal moteur de l’innovation. Mais c’est oublier qu’elles proviennent des poches des contribuables, et que les impôts affectent la production et la consommation. L’État évince ainsi un financement privé qui aurait été utilisé à meilleur escient.

’argent dépensé par les politiciens et les bureaucrates ne leur appartient pas. Leur indifférence à l’efficacité des coûts va à l’encontre de la bonne gouvernance. Tout projet commercial d’un organisme comme la STC doit, d’une part analyser les coûts contre les rendements, et d’autre part considérer le coût d’opportunité : si l’on investit dans des produits de consommation, c’est autant d’argent de perdu pour les biens d’équipement.

Le marché est un mécanisme de rétroaction qui rend possible aux entreprises de corriger leurs erreurs plus vite que la bureaucratie d’un État entrepreneur. C’est lorsqu’un produit est accepté par les consommateurs qu’il crée de la valeur. C’est une valeur qui n’est pas déterminée par le stock total du bien disponible, mais par la dernière unité consommée, ce que Carl Menger, Stanley Jevons et Léon Walras appellent «l’utilité marginale». Gageons que la STC ne sera que marginalement plus utile.

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