Compétitivité relative

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La compétitivité est un concept relatif. Tous les pays ne peuvent pas être compétitifs les uns contre les autres. Pour citer un ancien secrétaire général de l’OCDE, Emil van Lennep, «Against whom should the world be competitive? Against the moon?». Pepsi doit être compétitif face à Coca-Cola, mais peut-on transférer un concept qui relève de firmes individuelles à des pays ? Non, répondit Paul Krugman dans son article «Competitiveness: a dangerous obsession» (1994), critiquant l’utilisation de la compétitivité dans un cadre concurrentiel entre pays.

La notion de compétitivité paraît a priori plus sensée dans un cadre microéconomique de concurrence entre entreprises. Elles évaluent leur compétitivité en se référant à leur potentiel (leurs dispositifs organisationnels les rendent plus aptes à s’adapter aux chocs externes) ou à leurs résultats (un choc de demande positif, indépendant de la stratégie, de la technologie et des coûts de l’entreprise, constitue un gain de compétitivité).

Certaines firmes se fient à leur compétitivité-coût qui se rapporte aux coûts des facteurs de production et à la productivité des facteurs : cette compétitivité augmente si les coûts diminuent à qualité constante du produit, indépendamment du prix ou de la quantité vendue. D’autres s’intéressent à la compétitivité hors-coût qui concerne la demande du produit : cette compétitivité s’accroît quand l’entreprise peut hausser sa demande à prix constant, ou élever ses prix à demande constante, grâce à la différentiation du produit.

En somme, un accroissement de la compétitivité résulte d’une hausse des ventes et de la production, et d’une baisse des coûts des consommations intermédiaires et de la masse salariale. Mais ces résultats de l’entreprise sont dans l’absolu, et non relatifs par rapport au secteur dans lequel elle évolue. Ils ne traduisent pas la dimension de concurrence alors que la notion de compétitivité se rapporte à celle de position concurrentielle. Avoir une demande positive à un prix supérieur à son coût de production : cette définition de la compétitivité ne permet pas d’interpréter celle-ci comme un niveau susceptible de varier.

Il en est de même lorsque les deux notions de compétitivité, l’une portant sur la structure de coût, et l’autre sur la forme de la demande, sont transposées au cadre macroéconomique, les entreprises étant ici remplacées par les pays. Une hausse des ventes due à une augmentation de la demande qui touche l’ensemble du marché ne doit pas être vue comme un surplus de compétitivité. Restons donc prudents devant la croissance spectaculaire de nos exportations domestiques au deuxième trimestre 2021.

La valeur de celles-ci, selon Statistics Mauritius, a crû de 128 % en avril-mai 2021 par rapport à avril-mai 2020. En particulier, nos exportations des articles de manufacture ont bondi de 233 %. Une si belle performance ne peut pas s’expliquer seulement par l’appréciation de 12 % de l’euro contre la roupie entre ces deux périodes.

Il demeure que la compétitivité s’évalue sur des années. Entre 2009 et 2019, nos exportations rapportées au PIB ont chuté, de 57 % à 40 %. Ainsi, écrit la Banque mondiale, «Mauritius saw its share of the global market for both goods and services fall. In fact, the country has lost market share in all of its six largest export sectors.»

Précisons toutefois que ce qui traduit une compétitivité en hausse, ce n’est pas un accroissement des parts de marché, mais une plus grande capacité du pays à accroître ses parts de marché. Définie ainsi, la compétitivité ne se mesure pas par les parts de marché observées. Elle est, en fait, non observable.

Cette capacité-là est captée par des indicateurs construits à partir de taux de change et de prix relatifs, par la productivité, par les coûts de production ou par le coût salarial unitaire (Unit Labour Cost). Celui-ci, mesuré par le coût du travail corrigé de la productivité du travail, a progressé en moyenne de 2,8 % par an en termes de roupies entre 2010 et 2020, mais de 0,4 % en dollars grâce à une dépréciation annuelle de 2,4 % de la roupie.

C’est dire que les taux de change sont un déterminant fort de la compétitivité du pays. La compétitivité-prix, c’est l’inverse du taux de change effectif réel (le taux de change nominal défalqué du différentiel d’inflation entre Maurice et ses partenaires commerciaux). D’après les calculs du FMI, après une appréciation cumulative de 6,4 % en 2015-2018, le taux de change effectif réel s’est déprécié de 2,8 % en 2019 et de 8,1 % en 2020, mais la roupie reste surévaluée de 30 % à 40 %… C’est l’énorme déficit du compte courant qui favorise cette dépréciation de la roupie : pour le FMI, il va se détériorer à 15,6 % du PIB en 2021, mais pour la Banque de Maurice, il va s’améliorer à 10,2 % du PIB.

Quoi qu’il en soit, les taux de change n’ont pas à supporter seuls le fardeau de l’ajustement économique si le gouvernement s’engage dans un changement de paradigme politique pour stimuler la productivité.

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