On ne nous a pas tout dit

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Qu’on ne nous taxe pas d’être de mauvaise foi, il y a dans le dernier exercice budgétaire de Renganaden Padayachy des mesures qui peuvent conforter la population dans la tourmente de la crise du Covid. Toutefois, c’est le «window dressing» du ministre avec le maquillage de certains chiffres qui marque les esprits. Même si la majeure partie de la population ne comprend pas ce jeu d’écriture, plus préoccupée par les prestations sociales et les prix qui baisseront aux supermarchés. 

Malgré les acrobaties verbales, il sera difficile au Grand argentier de prouver le contraire. À savoir qu’il ne s’est pas livré à manipuler certains chiffres, dont celui du déficit budgétaire pour qu’il soit à un niveau acceptable. Or, quelques heures seulement après avoir terminé son Grand oral que les spécialistes ont déjà relevé l’astuce budgétaire et étalé au grand jour ce «colourable device», pour faire baisser artificiellement le déficit budgétaire au terme de l’année fiscale 2020-21. 

Certes, Renganaden Padayachy aurait pu faire l’économie de cette pluie de critiques s’il avait privilégié un langage de vérité à la population comme l’ex-ministre des Finances Rama Sithanen lui conseille ces jours-ci. Il aurait tout simplement souligné la nature inédite de la crise et ses conséquences économiques sur la contraction de 15 % du PIB l’année dernière pour que les commentateurs économiques acceptent de faire preuve de flexibilité et de ne pas se comporter comme des ayatollahs du déficit budgétaire.
 
En même temps, on refuse de croire la naïveté du locataire du Trésor public qui aurait pensé un seul instant, avec son secrétaire financier, les adjoints de ce dernier et son équipe de conseillers, que cette opération de maquillage de chiffres ne serait pas détectée. Comme d’ailleurs l’exercice purement comptable auquel il se livrait avec son équipe sur la projection de croissance de 9 % pour 2021-2022. 

Il n’a pas échappé à personne que cette estimation était tout sauf réaliste, car elle reposait sur des paramètres qui ne tiennent pas la route économiquement. Quand pendant une décennie, le pays n’a pas pu franchir la barre de 4 % de croissance, on peut s’étonner sur cette nouvelle hypothèse basée sur une explosion des recettes fiscales alors même que la reprise de la consommation ne serait pas au rendez-vous avec l’effet d’une morosité économique qui perdure toujours. 

Au-delà de ces indicateurs, le ministre a fait preuve de volontarisme en ciblant les secteurs économiquement fragilisés par l’effet de la pandémie comme le tourisme, la manufacture, l’agro-industrie. Et ce, en apportant un ballon d’oxygène financier pour pouvoir respirer momentanément mais sans pour autant engager une réforme structurelle pour mieux répondre aux défis post-Covid.

Si le ministre a tenté d’amadouer des segments spécifiques de la population, notamment la classe moyenne dont il veut éviter le déclassement avec des mesures pour soulager financièrement l’acquisition d’un appartement , en revanche, pour d’autres, c’est loin d’être un long fleuve tranquille. Avec un chômage dépassant largement le chiffre officiel de 9,2 % de la population active, certains avançant déjà le seuil inquiétant de plus de 16 %, les jeunes en quête d’un emploi se retrouvent visiblement sans grands débouchés avec un programme de formation peu ambitieux. Alors que pour les travailleurs jetés au bord de la route avec l’effet de la pandémie, ils se posent encore des questions quand ils vont pouvoir se recycler et retrouver une deuxième vie professionnelle. Sans compter que la marge de manoeuvre de jeunes diplômés pour se faire embaucher se voit sérieusement rétrécie avec la présence demain des étudiants étrangers disposant d’un «Work Permit» pendant une dizaine d’années… 

S’il a établi une feuille de route pour l’industrie touristique en proposant l’ouverture graduelle des frontières à partir du 15 juillet, en revanche rien n’indique que les touristes se bousculeront au portillon pour fouler le sol et remplir les chambres d’hôtels. D’ailleurs, les experts du secteur sont sceptiques quant à la projection optimiste de 650 000 touristes d’ici juin 2022. Cela dans la mesure où sa croissance est tributaire de la confiance dont jouit la destination mauricienne et qu’il suffit qu’on découvre de nouveaux variants indiens et autres pour que toute sa stratégie de reprise touristique s’écroule comme un château de sable. 

Pour autant, Renganaden Padayachy a déployé un plan d’investissement de Rs 65 milliards étalé sur trois ans pour financer des projets considérés comme étant prioritaires à travers le pays. Il privilégie une approche keynésienne en s’appuyant sur les investissements massifs pour favoriser la croissance de demain. On peut toutefois s’interroger sur la pertinence de ses projets liés majoritairement au développement infrastructurel et se demander si la démarche n’est-elle pas populiste dans la mesure où les annonces (drains, routes, développement communautaire, etc.) touchent chaque coin et recoin du pays et ne génèrent pas des revenus… sauf des votes en période électorale le moment venu. Le Country Senior Partner de PwC Anthony Leung Shing a sans doute raison de souligner à cet effet que «the government is pumping more money into the economy but more is required to get ahead of the pandemic. Infrastructure and social projects remain dominant. In the immediate term, we need to do more with less and, unfortunately, the Budget falls short of that». Les mots parlent d’eux-mêmes… 

Reste à savoir si ce Budget jette les bases d’une nouvelle architecture économique qui se veut être l’un des piliers de sa nouvelle stratégie. La responsabilité de son exécution repose grandement sur un Economic Development Board amorphe, chargé de faire émerger des projets phares comme la création de l’industrie biotechnologique et pharmaceutique, celle du savoir-faire ou encore la mise sur pied d’un Trade Development & Intelligence Cell ou encore de la gestion du Premium Investment Certificate. 

Cette institution, qui se veut être dans le pas du défunt ministère du Plan et du Développement économique, sous la direction d’alors d’un certain Rundheersing Bheenick, n’aura pas été, faut-il le reconnaître, à la hauteur de ses ambitions, manquant cruellement un sens de direction et incapable d’être le think-tank tant souhaité du gouvernement, se contentant d’être la caisse de résonance du ministre des Finances. Noyauté par des proches du pouvoir, il n’a pas donné jusqu’ici de résultats probants. 

Renganaden Padayachy a raté peut-être sa chance d’être une pièce maîtresse dans le dispositif politique du gouvernement. Dans les jours à venir, il aura à être convaincant et montrer que le compte est bon.

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