Destruction créatrice

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Dans son allocution sur le discours-programme 2020- 2024 au parlement, le ministre des Finances avait déclaré que «nous pouvons nous référer au concept de la destruction créatrice de Schumpeter». Ne s’attendant pas à affronter deux confinements, Renganaden Padayachy exprimait là une pétition de principe plutôt qu’une profession de foi. Car devant les répercussions économiques du Covid-19, ses politiques ont été tout sauf schumpetériennes : elles ne font pas de distinction entre les entreprises pour les maintenir sous perfusion financière, dans l’espoir illusoire d’une relance par la consommation. Il y a malgré tout destruction d’emplois sans renouvellement de l’économie. 

Un article de Barry Eichengreen au titre évocateur «How “creative destruction” could save the coronavirus economy», publié le 26 mai 2020 dans «Prospect Magazine», bat en brèche l’idée que la crise pandémique n’est pas propice au paradigme schumpetérien. De même, le livre de Philippe Aghion, «Le Pouvoir de la destruction créatrice» (octobre 2020), fait un plaidoyer en faveur de «la destruction créatrice comme levier de croissance post-Covid». Après le retentissant échec expérimental de taxer-dépensers’endetter- créer de la monnaie, une autre occasion se présente au gouvernement mauricien d’essayer le modèle de croissance par destruction créatrice. 

Joseph Schumpeter (1942) définit la destruction créatrice comme un processus par lequel de nouvelles innovations se produisent à jet continu (dans toutes les sphères de l’économie telles que les produits, les marchés, le mode de production et l’organisation du travail), de nouvelles entreprises viennent concurrencer les firmes existantes, et de nouveaux emplois et activités remplacent ceux qui disparaissent. Les innovations avec destruction créatrice sont disruptives du fait que le changement est radical : elles rendent les anciennes technologies obsolètes et, comme le remplacement de la machine à écrire par un ordinateur, ou le passage du téléphone portable aux smartphones, elles résultent en des gains de qualité et de productivité plus élevés que les innovations incrémentales, tel un téléphone mobile à clapet. 

Le véritable moteur de croissance n’est pas la consommation mais la destruction créatrice qui repose sur trois axes. Le premier est que l’innovation et la diffusion du savoir se trouvent au coeur de la croissance économique : c’est par l’innovation cumulative – chaque entrepreneur innove en utilisant le savoir contenu dans les innovations précédentes – qu’on aura une production à plus forte valeur ajoutée. Le deuxième est que les incitations et la protection des droits de propriété sont indispensables à l’innovation : la menace d’imitation ou une taxation confiscatoire des revenus de l’innovation ne peut que décourager les entrepreneurs à investir dans l’innovation. Et le troisième est que l’innovation n’est possible que dans un environnement concurrentiel : il importe au gouvernement de résister aux lobbies qui veulent contrer de nouveaux entrants dans leur secteur d’activité, car ces derniers remettront en cause leurs rentes. 

Une concurrence dynamique (absence de barrières d’entrées) devrait inciter les entreprises à la frontière technologique (celles dont le niveau de productivité est proche du leader de leur secteur) à innover pour faire barrage aux innovateurs potentiels. Mais tous ne réussiront pas, car l’exploration de domaines inconnus est toujours risquée. Beaucoup ne prennent pas le risque d’adopter une technologie neuve (même si elle est plus performante et moins polluante) en raison de ce que les économistes appellent l’effet de la dépendance au sentier (le poids des habitudes et le fort coût du changement). C’est pourquoi les grandes innovations sont davantage le fait de nouvelles entreprises que d’entreprises existantes, lesquelles préfèrent poursuivre dans la voie où elles ont acquis un avantage comparatif. 

Il est donc impératif que l’État accorde des incitations à l’innovation. Elles peuvent être un abattement fiscal qui diminue le montant des revenus imposables, ou un crédit d’impôt (qui se déduit de l’impôt dû), les seuils de déductions étant fonction de la taille de l’entreprise. Mais il faut aussi un écosystème financier dans lequel les financeurs (banques, capital-risqueurs, investisseurs institutionnels) croient dans l’innovation disruptive. Celle-ci accroît certes le chômage dans un premier temps, mais ensuite de nouvelles activités générant des profits créeront d’autant plus des emplois que la croissance sera supérieure. 

Alors que Maurice va quitter la catégorie des pays à hauts revenus, la pandémie pourrait le faire sortir du piège du revenu intermédiaire en obligeant le gouvernement à engager des réformes structurelles qui injectent plus de concurrence, et non plus d’argent, dans l’économie. Notre niveau de vie ne convergera vers celui des pays avancés que par un rattrapage technologique fondé sur l’innovation par la destruction créatrice.

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