Relance et réforme

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Il paraît que le ministre des Finances se consacre, dans le cadre de son prochain Budget, à la relance et à la réforme de l’économie concomitamment. La relance est plus facile à faire que la réforme qui, elle, est plus facile à dire qu’à faire. Si le grand argentier donne une importance égale aux deux, ce sera une inflexion bienvenue de sa part. Jusqu’ici, la relance figurait au premier rang des priorités tandis que la réforme faisait tapisserie.

La prééminence d’une politique de relance semble être justifiée suivant une année de contraction économique. Dans le sillage de la Grande Dépression de 1929, John Maynard Keynes soutenait que les gouvernements devraient relancer l’économie avant de penser aux réformes. Un fervent partisan du New Deal mis en œuvre par Franklin Roosevelt, il reprocha néanmoins au président américain de confondre relance et réforme, comme vient de le rappeler Robert Skidelsky, son biographe. Après un effondrement de l’économie, priorité absolue devrait être accordée à la reprise. Pour réussir, un programme économique, tel que le New Deal, doit suivre un séquençage approprié.

Voilà un terme qui est à la mode par rapport au coronavirus, le grand coupable de la crise économique actuelle. Pour en sortir, tout dépendrait d’une bonne séquence des mesures. Mais d’abord, ne faut-il pas s’assurer que les mesures sont adéquates à la situation présente ? Par exemple, Keynes était en faveur d’une relance budgétaire, mais sceptique à l’égard d’une relance monétaire. Pour lui, s’efforcer d’augmenter la production via un accroissement de la quantité de monnaie équivaut à «trying to get fat by buying a larger belt».

Estimant insuffisant le plan de relance du New Deal – représentant 5-6 % du PIB des États-Unis de 1933 à 1935 –, Keynes affirmait qu’il fallait le doubler. Aujourd’hui, il aurait été ravi de lire qu’à Maurice, «the government’s fiscal policy response to the coronavirus shock has been one of the largest among Moody’s-rated sovereigns». Les 60 milliards de roupies de dépenses budgétaires financées par la Banque de Maurice, constituant 13 % du PIB, seraient donc au diapason de la règle keynésienne.

S’il ne faut pas se tromper dans l’ordre de priorité des politiques, il demeure que la distinction entre relance et réforme – entre politiques macro et micro, entre court et long terme – est moins évidente qu’elle ne l’était au temps de Keynes. En l’occurrence, à l’ère actuelle de l’automatisation, les politiques de plein emploi sont liées à l’employabilité. La cause du chômage d’aujourd’hui n’est pas une demande globale insuffisante, mais un manque de compétences requises par l’industrie. D’ailleurs, dès 1930, le maître de Cambridge entrevoyait le chômage technologique comme un problème qui ne pouvait pas être résolu par une gestion de la demande.

Désormais, bien des problèmes économiques tiennent au dysfonctionnement des marchés, et non à une déficience de la demande agrégée. Nonobstant la pandémie, la demande n’est jamais déficitaire, mais c’est au secteur privé de produire une offre qui est juste. Devient pressant le besoin de réformes structurelles, c’est-à-dire des mesures qui modifient le cadre institutionnel et réglementaire régissant le comportement du marché.

C’est le cas du marché du travail. L’adoption d’une nouvelle loi qui rend plus difficile le licenciement dû au Covid-19 n’a pas pu éviter un chômage de masse, Statistics Mauritius indiquant 61 000 sans-emplois et un taux de chômage à deux chiffres (10,4 %) en décembre dernier. Afin d’obtenir des résultats différents, ce serait judicieux de ne pas continuer dans la même voie.

Aussi paradoxal que ceci puisse paraître aux non-économistes, une plus grande liberté de licenciement pour les entreprises est susceptible de créer des emplois. Personne ne recrutera si elle ne peut pas licencier. Une réforme qui facilite le licenciement rend les firmes plus à même d’adapter leurs effectifs à leurs besoins et plus disposées à recruter. Elles se débarrasseront des poids morts pour garder ceux qui sont productifs et performants.

Les réformes sont difficiles certes, ayant un coût politique, mais le système électoral à Maurice est majoritaire, et non proportionnel. Le parti au pouvoir n’a pas à plaire à tous les groupes d’intérêts, mais uniquement à quelques larges groupes pour avoir la majorité de votes.

Les conditions économiques sont propices aux réformes. D’abord, une période de croissance lente ou négative affaiblit la position des groupes d’intérêts qui s’y opposent. Ensuite, des réformes permettant à la concurrence de jouer sur le marché des produits faciliteront celles de l’emploi, car les syndicats verront que leur refus d’être flexibles poseront des risques aux entreprises et, donc, aux travailleurs. Enfin, la concurrence étrangère, à la faveur des accords de libre échange, est un puissant facteur de pression pour améliorer la compétitivité des entreprises.

Avant tout, pour faire des réformes, il faut des réformateurs.

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